
Suresnes, le 6 août 1991. Une chaleur lourde pèse sur cette banlieue paisible des Hauts-de-Seine. Au 37, rue Cluseret, la maison semble dormir, protégée par un dispositif policier qui se veut infranchissable. C'est une bâtisse discrète, un refuge pour un homme dont la tête est mise à prix, Chapour Bakhtiar, l'âme de la résistance iranienne. Mais ce jour-là, trois hommes s'introduisent dans l'intimité de l'exil. La scène qui se joue à l'intérieur est d'une brutalité absolue. L'ancien Premier ministre est poignardé à treize reprises puis égorgé, un sort funeste partagé par son fidèle secrétaire Soroush Katibeh. Le drame se noue dans un huis clos terrifiant, si hermétique que le silence de la mort recouvrira la villa pendant deux jours entiers avant la macabre découverte des corps. Si la justice française condamnera plus tard l'assassin Ali Vakili Rad à la perpétuité, ce pavillon de la rue Cluseret reste marqué à jamais comme le lieu où le bras armé de la République islamique a fini par atteindre sa cible, transformant un havre de paix en une scène de crime d'État.