
1 Rue des Mauvais Garçons, 75004 Paris, France
Sélection Prix du Public 2025 : Le Presse agrumes de Tal Spiegel dissimule une tarte au citron complexe sous un visuel éclatant. L'alliance d'une coque croquante au chocolat yuzu, d'un confit intense et d'une meringue italienne aérienne offre une dégustation visuelle et gustative parfaitement maîtrisée.
Il y a des vitrines qui se dévorent d'abord avec les yeux, des devantures où la symétrie et la couleur appellent le chaland comme une toile de maître. Au coeur du Marais, rue des Mauvais Garçons, se dresse Abra, l'écrin sucré et follement graphique de Tal Spiegel. Avant de pétrir la pâte, cet enfant de Tel Aviv a d'abord étudié le design. Vous le connaissez peut-être sous le pseudonyme 'Desserted in Paris', ce compte aux centaines de milliers de fidèles où il s'amusait, avec un sens aigu de la chromie, à accorder des pâtisseries parisiennes à ses souliers extravagants. Aujourd'hui, il passe de l'autre côté du miroir. Dans cette boutique aux accents minimalistes, teintée de bleu, de rouge et de jaune, on ne triche pas. Une immense verrière dévoile le laboratoire où la brigade s'affaire en temps réel, un ballet précis où chaque geste compte, confirmant une fabrication artisanale, ici même, sous nos yeux ébahis. C'est le triomphe de la transparence. Et dans l'assiette, la magie opère. L'esthétique léchée ne masque jamais le goût, bien au contraire. Prenez son iconique 'Chapiteau de cirque'. Derrière ce dôme ludique, on découvre une architecture de textures redoutable : une ganache montée au pop-corn et à la vanille d'une légèreté troublante, qui vient enrober un coeur coulant au caramel cacahuète et une crème de maïs suave. C'est régressif, follement audacieux, avec une mâche croustillante qui réveille le palais. Le sucre, lui, est dompté, réduit à sa plus simple expression pour laisser exploser le produit. On retrouve cette même justesse dans son flan bicolore, une petite merveille d'équilibre où la douceur presque florale de la fève tonka vient enlacer le croquant terreux de la crème de pavot. La pâte sucrée est cuite à point, foncée, friable, offrant des contrastes remarquables. Et que dire de ses viennoiseries contemporaines, de sa babka tressée avec amour, souvenir ému des recettes de sa mère, qui fleure bon le beurre noisette ? Chez Abra, Tal Spiegel ne se contente pas de faire du beau, il fait du très bon. Il a réussi le pari périlleux d'allier l'exigence de la haute pâtisserie française à une vision décalée, joyeuse et profondément personnelle. Une adresse indépendante, vibrante, qui redonne un coup de fouet salvateur à la scène sucrée parisienne.