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Immeuble au 1, rue Molière à Marseille

Immeuble au 1, rue Molière à Marseille

1 rue Molière Rue Saint-Saëns, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'immeuble du 1, rue Molière, par son inscription au titre des monuments historiques en 1965, se révèle moins comme un chef-d'œuvre audacieux que comme une incarnation probante de l'architecture résidentielle bourgeoise marseillaise d'une certaine époque. Sa désignation tardive n'est pas un tribut à une innovation stylistique, mais une reconnaissance de sa valeur d'ensemble au sein du tissu urbain. On y discerne, sans grand effort d'imagination, une façade ordonnancée, caractéristique des constructions de la fin du XIXe siècle, début du XXe. La pierre de taille, vraisemblablement calcaire local, confère à l'élévation une sobriété et une robustesse appréciables. Les percements, dits baies, sont distribués avec une régularité presque implacable, affirmant une symétrie fonctionnelle qui laisse peu de place à l'imprévu. Des balcons filants, aux ferronneries délicates et souvent répétitives, animent les étages nobles, tandis que les niveaux supérieurs et les entresols se contentent d'ouvertures plus modestes, parfois coiffées de linteaux plus simples. Au rez-de-chaussée, des vitrines de commerces ont maintes fois été remaniées, témoignage d'une vitalité urbaine constante. Le rapport entre le plein des murs porteurs et le vide des ouvertures s'opère ici dans un équilibre rassurant, dénué de toute tension dramatique. Il ne s'agit pas de surprendre, mais de garantir une présence stable et digne dans l'alignement de la rue. L'intérieur, bien que seulement suggéré par cette ordonnance, devait offrir des appartements aux volumes généreux, une distribution classique des pièces en enfilade, traduisant une hiérarchie sociale et domestique bien établie. Les matériaux employés, outre la pierre pour la structure et le parement, incluaient sans doute le bois pour les parquets, le plâtre pour les ornementations intérieures, et des huisseries en bois ou métal, tous choisis pour leur pérennité et leur adéquation aux standards de l'époque. Cet édifice s'insère dans cette vaste entreprise d'urbanisation qui, à Marseille comme dans de nombreuses grandes villes françaises, a vu se développer des quartiers entiers selon des principes de régularité et de confort hérités du Second Empire, même si l'échelle et le faste y sont souvent plus tempérés qu'à Paris. C'est une architecture de la prudence, bâtie pour durer et pour loger une bourgeoisie soucieuse de son statut, mais peu encline aux audaces formelles. L'architecte, dont le nom est rarement évoqué pour de tels ouvrages, fut sans doute un praticien consciencieux appliquant les canons de son temps, travaillant sous les contraintes d'un commanditaire attentif à la rentabilité plus qu'à l'expérimentation. Sa réception par les contemporains fut, on l'imagine, celle d'une intégration sans heurts au paysage urbain, un ajout fonctionnel et esthétiquement convenable. Il offrait un cadre de vie moderne sans pour autant provoquer de débat esthétique. En somme, l'immeuble du 1, rue Molière n'est pas un monument pour sa singularité éclatante, mais pour sa capacité à incarner, avec une élégance discrète, un chapitre essentiel de l'histoire urbaine et architecturale de Marseille, un témoin silencieux des aspirations d'une époque.