2 rue Antoine-Deville, Toulouse
L'on observe, à Toulouse, un édifice qui, par sa longévité et ses transformations, illustre avec une certaine acuité la permanence des besoins universitaires et les adaptations architecturales contraintes par le temps et les circonstances. Le Collège de Foix, fondé en 1457 par le cardinal Pierre de Foix, ne fut pas un lieu d'enseignement mais une structure d'accueil pour boursiers, une vocation qu'il maintient encore, faisant de lui la plus ancienne résidence étudiante d'Europe. Une modestie fonctionnelle qui contraste avec la noblesse de son origine et la richesse de son fondateur. Le cardinal, figure majeure de la cour papale d'Avignon, dédia ce projet, adjacent au grand couvent des Cordeliers, à vingt-cinq étudiants et quatre prêtres originaires de ses terres. Il ne s'agissait point d'une académie, mais d'un foyer propice à l'étude, agrémenté d'une bibliothèque conséquente, riche des volumes ayant appartenu au pape Benoît XIII, dont une partie finit par rejoindre les collections royales françaises, sous l'égide de Colbert. Une dotation qui souligne l'importance accordée alors à l'accès au savoir, même pour de simples pensionnaires. Les acquisitions foncières débutèrent vers 1450, sous la houlette du maître maçon Jean Constantin. L'édifice se présentait originellement comme un quadrilatère imposant, parfois surnommé le dôme, flanqué de tourelles cylindriques en encorbellement, coiffé d'un toit à croupe et de tours en poivrière, conférant à l'ensemble une allure assurément seigneuriale. Au cœur de cette disposition, une vaste cour de vingt-neuf mètres sur dix-neuf, entourée de galeries en briques, distribuait l'accès à la chapelle Saint-Jérôme, au réfectoire et aux diverses chambres. L'étage, quant à lui, abritait la bibliothèque voûtée, éclairée par d'étroites fenêtres groupées, tandis que les niveaux supérieurs, munis de fenêtres à meneaux et encadrements de pierre, étaient dédiés au labeur des étudiants. Le dernier niveau, un solier, offrait une plateforme ceinte d'un parapet crénelé. Dès 1463, l'incendie dévastateur de Toulouse épargna l'édifice, prouvant sans doute une certaine solidité de conception. Au fil des siècles, des remaniements furent nécessaires. Des mirandes furent ajoutées au XVIIe siècle, de même qu'un toit à quatre pentes, altérant son profil initial et son aspect de forteresse urbaine. L'appellation populaire de collège de la Vache, due à une girouette armoriée, dénote une certaine familiarité locale avec l'austère institution. La Révolution Française mit un terme à son existence collégiale, menant à sa fermeture et à la dispersion de ses biens. Cependant, au XIXe siècle, une nouvelle vocation s'offrit à lui. Le chanoine Maurice Garrigou acquit la majeure partie des bâtiments pour y établir les sœurs de Notre-Dame de la Compassion. Cette reconversion impliqua des transformations radicales : le rez-de-chaussée fut converti en chapelle par la suppression du plancher de la bibliothèque, l'agrandissement des fenêtres, et l'obturation de certaines arcades. L'ancienne chapelle Saint-Jérôme fut même détruite lors d'un réalignement urbain vers 1850. Le Collège de Foix incarne aujourd'hui, aux côtés de quelques rares vestiges tels le collège de l'Esquile ou de Périgord, un des derniers témoignages de l'architecture universitaire médiévale toulousaine. Son inscription aux monuments historiques, d'abord partielle en 1925 puis étendue en 2003, valide une reconnaissance tardive pour un bâtiment dont l'histoire, faite de pragmatisme et de réinventions successives, est une leçon de résilience architecturale et institutionnelle. Il n'est pas tant un manifeste qu'un témoin discret de l'évolution urbaine et sociale de Toulouse.