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Hôtel Montaudouin

Hôtel Montaudouin

Place Maréchal-Foch, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'ambition de la municipalité nantaise, dès le début du XVIIIe siècle, de rationaliser et d'embellir son centre-ville, a trouvé une forme notable avec l'Hôtel Montaudouin. Cet édifice, élevé à la fin de ce même siècle, illustre la lente maturation d'un projet urbain confronté aux réalités du bâti médiéval, notamment les remparts du XVe siècle. L'architecte Jean-Baptiste Ceineray, en 1770, entreprit de remodeler l'espace au nord-est de la cathédrale, concevant la place d'Armes, aujourd'hui Maréchal-Foch, et amorçant une symétrie qui allait structurer ce quartier. Sa vision, qui prévoyait la destruction de la porte Saint-Pierre pour un jumeau de l'Hôtel d'Aux, ne fut que partiellement réalisée, laissant à son successeur le soin de composer avec les vestiges d'une époque révolue. Ce fut Mathurin Crucy qui, en 1780, hérita du chantier, modifiant le plan initial de Ceineray avec une élégance pragmatique. Il maintint la quête de symétrie tout en introduisant sa propre signature. L'hôtel Montaudouin, ou des Colonnes comme on l'appelle parfois, se révèle ainsi comme une œuvre de compromis, un dialogue entre la vision première et les nécessités de l'exécution. Crucy conçut une voie centrale, la rue Chauvin, traversant la parcelle par un porche surmonté d'une colonnade, une intervention audacieuse qui rompt la massivité de l'ensemble tout en conférant une monumentalité certaine à l'accès. C'est sur ce terrain acquis par M. de Martel que l'hôtel fut bâti à partir de 1783, divisé pour accueillir deux familles notables de l'époque, les Montaudouin et les Dulac, témoignage des pratiques immobilières et sociales de l'aristocratie bourgeoise nantaise. Cette dualité d'occupation se reflète encore dans sa reconnaissance comme monument historique, le distinguant en deux parties, nord et sud, pour les registres officiels. L'architecture de l'Hôtel Montaudouin se déploie avec une rigueur néo-classique typique de son temps. La façade Est, imposante sur la place Maréchal-Foch, présente un avant-corps central saillant dont l'inspiration palladienne est manifeste. Ce motif, loin d'être anodin, ancre l'édifice dans une tradition architecturale savante, chère aux Lumières. Le soubassement à refends, surmonté du porche donnant sur la rue Chauvin, dégage une impression de solidité et d'ordre. Au-dessus, quatre colonnes corinthiennes, d'une ampleur considérable, supportent un fronton orné d'armoiries sculptées, répondant avec une précision presque didactique au fronton de l'Hôtel d'Aux, son vis-à-vis. Ces colonnes délimitent une loge à l'italienne, conférant à la façade une profondeur et une articulation rares pour une résidence privée. L'intégration de cette loge, traditionnellement associée aux édifices publics ou aux villas de plaisance, dans un hôtel particulier urbain, révèle une volonté d'affichage et de prestige. La façade sur la rue de l'Évêché, plus sobre, est ponctuée de grandes arcades, une alternance de pleins et de vides qui participe à l'élégance générale du bâti. L'ensemble dénote une maîtrise des volumes et une composition orchestrée, où chaque élément participe à une cohérence visuelle. Ce n'est pas une fantaisie architecturale, mais bien une application rigoureuse des principes classiques, adaptés aux exigences de la ville et à la fortune des commanditaires. Il s'agit, somme toute, d'un monument à la régularité et à la convenance, un exemple éloquent de ce que l'on attendait de l'architecture civile d'apparat à la veille de la Révolution.