17 rue Saint-Antoine, Paris 4e
L'édifice qui abrite aujourd'hui le Temple protestant du Marais, cette ancienne église Sainte-Marie de la Visitation, témoigne d'une ambition architecturale singulière pour son époque. Conçu par un François Mansart, alors jeune, entre 1632 et 1634, il s'écarte audacieusement du plan basilical usuel pour embrasser une composition centrée, dominée par une rotonde de treize mètres et demi de diamètre. Cette décision n'était pas anodine ; elle puisait son inspiration dans l'Antiquité romaine, et plus précisément dans la majesté du Panthéon, une référence somme toute insolite pour une chapelle conventuelle. Cet emprunt à l'architecture païenne, savamment interprété, confère à l'ensemble une noblesse classique et une monumentalité étonnante pour un couvent de Visitandines, dérogeant au « plan type » alors en vigueur pour cet ordre. La déviation d'orientation, nord-sud plutôt qu'est-ouest, loin d'être un caprice, révèle une adaptation pragmatique à la topographie urbaine, tout en affirmant une orientation symbolique post-tridentine vers l'autel. Mansart parvient ainsi à concilier des exigences liturgiques et urbaines avec une vision architecturale forte.L'intérieur, sous sa coupole circulaire coiffée d'un lanternon et le chœur ellipsoïdal richement décoré – du temps des catholiques, s'entend – orchestré par les quatre chapelles disposées en croix grecque, offre un espace où la lumière, filtrée, se diffuse avec une certaine gravité. C'était un écrin pour l'ordre de la Visitation, où les Fouquet eux-mêmes possédaient un caveau, et où Henri de Sévigné fut inhumé. L'édifice, initialement conçu pour la splendeur catholique, a traversé la Révolution et la nationalisation des biens du clergé, perdant une grande part de son mobilier et ses précieux retables, mais conservant l'intégrité de sa structure mansartienne.C'est en 1802, par un arrêté napoléonien des plus pragmatiques, que cette ancienne église est affectée au culte réformé. Ce qui fut un geste de laïcisation pour l'État devint une renaissance pour une communauté protestante cherchant des lieux de culte appropriés. La transformation est frappante : l'opulence baroque cède la place à la sobriété calviniste. L'autel majeur, autrefois somptueux, fait désormais place à une table de communion, et surtout, à une Bible de lutrin, en français, imprimée chez les frères Elzevier à Amsterdam, exposée ouverte, symbole de la prééminence de la Parole. Les statues de la façade, endommagées durant la Commune, furent remplacées, mais l'essentiel demeure : un espace de recueillement où l'architecture, purifiée de son ornementation première, sert une spiritualité différente.Le Temple du Marais est ainsi devenu un témoin éloquent des vicissitudes historiques et religieuses de la capitale. Il a traversé les siècles, non sans heurts, et continue d'être un lieu de culte actif, même si, plus récemment, il s'est distingué par ses positions conservatrices au sein de l'Église protestante unie de France, notamment lors des débats sur la bénédiction des couples homosexuels. Cette persistance dans le paysage urbain et religieux parisien, cette capacité d'adaptation d'une structure conçue pour un culte et réaffectée à un autre, est en soi une prouesse, une sorte d'incarnation silencieuse de la résilience du patrimoine et des convictions.