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Église Saint-Aignan d'Arthies

Église Saint-Aignan d'Arthies

Arthies

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Aignan d'Arthies, nichée dans le Vexin français, offre d'emblée une leçon d'histoire bâtie, ses murs narrateurs des ambitions et des contraintes d'une communauté au fil des siècles. Son clocher en bâtière, vestige insigne de la seconde moitié du XIe siècle, se dresse avec une singularité qui n'a guère d'équivalent dans la région. Ses étroites baies géminées, encadrées de colonnes monolithiques aux chapiteaux étrangement criblés de petits orifices, et leurs linteaux échancrés d'une rare typologie, furent déjà soulignées par Pierre Coquelle comme des "ouvertures étranges", témoignages d'une esthétique romane primitive influencée par la Normandie voisine. La nef, contemporaine du clocher, révèle une profondeur considérable pour l'époque. Elle conserve d'ailleurs, et c'est une observation précieuse, des fenêtres originelles, jadis murées, dont les ébrasements révèlent encore la polychromie architecturale médiévale, simulant un appareil de pierre et un semis de fleurettes. Ce projet initial de la nef, qui prévoyait une charpente en carène renversée, fut finalement abandonné au XVe siècle au profit d'un voûtement d'ogives au milieu du XVIe siècle, une évolution stylistique qui, sans doute, répondait aux nouvelles aspirations gothiques tardives, ou peut-être à des impératifs structurels ou financiers. Ce changement de parti architectural, où la pierre vint supplanter le bois, illustre une dynamique d'évolution et de compromis, courante dans ces édifices. Le chœur, d'une complexité chronologique remarquable, juxtapose un gros-œuvre de la seconde moitié du XIIe siècle, avec des formerets et des supports du second quart du même siècle, caractérisés par une sculpture romane archaïque, dont un chapiteau aux figures naïves d'une femme agenouillée. Le fait que ces détails aient pu demeurer dissimulés sous l'enduit jusqu'aux restaurations récentes des années 1980 en dit long sur la richesse cachée de ce lieu. Les deux chapelles latérales, ajoutées au XVIe siècle, reflètent également cette stratification. La chapelle nord, dédiée à Saint-Nicolas, initia sa construction dans un style flamboyant au premier tiers du XVIe siècle, mais connut des désordres structurels qui entraînèrent des remaniements en fin de siècle, où l'on incrusta des clés de voûte Renaissance et renforça les appuis, y ajoutant une tourelle d'escalier pour le contrebutement. La chapelle sud, ou Saint-Aignan, remaniée en 1605, s'ouvre sur la nef par un passage berrichon, une disposition peu commune dans la région, et présente une curieuse cohabitation de remplages flamboyants dans sa baie orientale avec une datation plus tardive, suggérant des réemplois ou des emprunts stylistiques. L'ensemble de l'édifice, principalement bâti de pierre calcaire du Vexin, offre à l'extérieur une lecture des interventions successives, des enduits simulant la pierre aux contreforts ajoutés ou modifiés. À l'intérieur, les fonts baptismaux du XIIe siècle, classés Monument Historique, constituent une pièce maîtresse, leur cuve ornée de frises sculptées d'une élégance rare et dont le dépouillement d'un enduit ultérieur a révélé toute la finesse. Gaston Le Bas, curé du XVIIe siècle, fut un généreux bienfaiteur, dotant l'église de la chaire, des stalles, et de divers ornements, parfois au détriment de l'homogénéité stylistique, comme en témoignent certaines fenêtres qu'il fit percer et que l'on qualifie aujourd'hui de "dénuées de caractère". L'église Saint-Aignan, bien que n'accueillant plus de messes dominicales régulières, demeure ainsi un condensé éloquent de l'histoire architecturale et sociale du Vexin, un assemblage parfois disparate, mais toujours fascinant, de volontés pieuses et de moyens contraints, un livre ouvert sur l'évolution des formes et des techniques.