Voir sur la carte interactive
Hôtel de Gadagne

Hôtel de Gadagne

10, 12, 14 rue Gadagne, 5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Gadagne, niché au cœur du Vieux Lyon, représente moins un édifice unifié qu'une stratification architecturale complexe, témoin des ambitions et des contraintes séculaires. Son histoire débute par des traces sporadiques, avant qu'une première demeure de prestige n'émerge au XIVe siècle, déjà dotée d'éléments de grand confort pour l'époque : vitraux chatoyants, fenêtres à colonnettes, et carreaux vernissés, suggérant une ostentation certaine pour son propriétaire, Guido d'Albant. Ce qui fut jadis deux maisons distinctes, celle du Palais et celle de la Boyssette, a subi une mue significative. Les frères Pierrevive, acquéreurs à la fin du XVe siècle, engagèrent une entreprise de démolition et de reconstruction, posant les fondations de l'hôtel que nous connaissons. Cependant, c'est l'illustre famille Gadagne, banquiers florentins dont la fortune était telle qu'elle inspira le dicton richissime comme Gadagne, qui marquera l'édifice de son nom. Thomassin Gadagne en fut locataire avant que ses fils, Guillaume et Thomas III, n'en deviennent propriétaires en 1545. On murmure que leur mésentente était telle qu'ils occupèrent chacun un corps de bâtiment, mais cela n'entama en rien leur goût pour les réceptions fastueuses, reflet de leur puissance financière. Thomas Ier, grand-oncle des deux frères, avait même contribué à la rançon de François Ier, ajoutant une touche historique à cette lignée d'entrepreneurs avisés. Le dessin actuel de l'hôtel, avec sa cour majestueuse ornée d'un puits et ses galeries superposées, évoque une architecture de la Renaissance lyonnaise, où la fluidité des circulations intérieures est pensée autour d'un vide central structurant. Les corps de logis s'organisent en un volume compact, percé de grandes ouvertures régulières, alternant le plein et le vide avec une élégance sobre. Au XVIIIe siècle, l'édifice, morcelé en appartements, faillit sombrer dans l'oubli, avant que la municipalité n'entame un processus de rachat en 1902, le sauvant ainsi de l'indifférence. La transformation la plus récente, orchestrée de 1998 à 2009 par Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques, a su relever le défi de concilier une préservation rigoureuse avec une nécessaire adaptation contemporaine. Les architectes ont discerné avec acuité ce qui devait être conservé ou restauré selon les techniques traditionnelles, et ce qui pouvait accueillir une intervention moderne. Ainsi, si les façades ont conservé leur matérialité d'origine avec une subtile relecture chromatique, les éléments fonctionnels nouveaux, tels que certains escaliers ou des extensions, affichent délibérément un langage contemporain, usant du béton, de l'acier et du verre. Cette distinction nette entre l'ancien et le nouveau permet une lecture claire de l'évolution du bâti, sans mimétisme superflu. Aujourd'hui, l'Hôtel de Gadagne abrite le Musée d'Histoire de Lyon et le Musée des Arts de la Marionnette. Le Musée d'Histoire, imaginé dès 1874, a finalement vu le jour en 1921, devenant le dépositaire d'une mémoire collective lyonnaise. Son parcours permanent, récemment remanié, a suscité des débats, certains lui reprochant un certain militantisme, d'autres saluant une approche novatrice et une volonté d'ouvrir le musée à un public plus large. Quant au Musée des Arts de la Marionnette, il met en scène l'univers de Guignol et des marionnettes du monde, offrant un contrepoint ludique à l'austérité de l'histoire. L'Hôtel de Gadagne, par sa résilience et ses multiples strates, demeure un témoignage éloquent de l'urbanisme et de l'ambition lyonnaise, un monument qui continue de s'écrire, entre passé réinventé et futur assumé.