Magny-en-Vexin
L'église de Notre-Dame-de-la-Nativité à Magny-en-Vexin, bien plus qu'un simple lieu de culte, se présente comme un singulier assemblage, où l'élégance flamboyante du gothique le dispute à la rigueur mesurée de la Renaissance, non sans une certaine ironie du destin et des matériaux. L'édifice actuel, entrepris à la fin du XVe siècle après l'incendie de l'église médiévale par les Anglais en 1436, est un témoignage de campagnes de construction successives, révélant les évolutions stylistiques et les ambitions de ses commanditaires.Initialement, sous l'impulsion de Pierre Le Gendre, haut fonctionnaire et seigneur des lieux, Guillaume Lemaistre, maître-maçon de Gisors, érigea le chœur et les premières travées du transept, conservant les solides piles du clocher du XIIIe siècle. Ces parties orientales, achevées vers 1530, incarnent un gothique flamboyant à son apogée. Le chœur, d'une élévation et d'une luminosité remarquables, séduit par ses nervures prismatiques qui se fondent directement dans les piliers, dématérialisant l'ossature pour une impression de légèreté. Ses voûtes en étoile, ornées de mouchettes, trouvent des échos rares, comme à Gisors, signe d'une singularité maîtrisée. Le blason de Pierre Le Gendre, sculpté en clé de voûte, rappelle l'origine de cette généreuse entreprise.Puis, le cours de l'architecture bascula. Dès 1540, sous Nicolas II de Neufville, une nouvelle phase d'agrandissement fut lancée, cette fois-ci sous l'égide de la Renaissance. Le bas-côté sud, flanqué de chapelles et doté d'un portail expressif, fut édifié, marquant un retour aux ordres classiques. Ses plafonds à caissons, tous différents, constituent un répertoire décoratif d'une exubérance étonnante, chaque compartiment révélant des motifs floraux, des angelots ou des armoiries, conférant à cet espace une richesse qui contraste avec la sobriété des travées gothiques. Le portail sud lui-même, décentré par rapport à la façade, conjugue pilastres ioniques et entablement toscan, offrant une composition où les niches à statues, désormais vides ou mal ajustées, témoignent des ravages révolutionnaires. L'élégant lanternon rond, d'inspiration italienne, qui couronne une tourelle d'escalier, est une curiosité architecturale isolée dans le Vexin.Les agrandissements se poursuivirent au début du XVIIe siècle, avec le prolongement du transept. Les maîtres d'œuvre, bien que demeurant anonymes, surent intégrer de vastes baies en plein cintre, à cinq formes, apportant une clarté nouvelle à ces croisillons. L'intérieur de ces extensions révèle des voûtes à liernes et tiercerons aux nervures aplanies, un signe de l'assouplissement des formes gothiques sous l'influence de la Renaissance. Les clés de voûte, ornées de grappes de fruits et légumes, affichent une touche de naturalisme bucolique, bien éloignée de la symbolique héraldique précédente.Au chapitre des trésors, le baptistère de 1534, de style Renaissance, retient particulièrement l'attention. Cette pièce hexagonale en pierre, d'une rare qualité et d'une iconographie riche, est l'une des plus anciennes de France de cette période. Ses six piliers ornés de niches abritent des scènes du Baptême et de la Décollation de Saint Jean-Baptiste, ainsi que des figures prophétiques et des Vertus, bien que l'attribution d'une sphère armillaire à la Prudence prête à discussion, non sans une pointe d'amusement. Attribué avec des réserves à Jean Grappin, il illustre l'audace de la jeune Renaissance française.L'église abrite également les trois priants en marbre des Neufville de Villeroy, œuvres remarquables de Mathieu et Germain Jacquet. Ces figures, sauvées des destructions révolutionnaires par Alexandre Lenoir, furent un temps remisées, avant de retrouver leur place actuelle, simplement posées au sol, témoignant d'une époque où l'on démembrait les monuments pour en fabriquer d'autres. Louis-Philippe, en faisant réaliser des moulages pour Versailles, en avait d'ailleurs reconnu la haute valeur artistique.Les toitures, d'une complexité notable, avec leurs croupes et toits en pavillon, trahissent les additions successives et les contraintes foncières qui ont empêché l'extension occidentale, laissant la nef modeste et dépourvue de lumière directe, ce que les restaurations du XIXe siècle, avec leurs demi-colonnes d'un fâcheux effet, n'ont fait qu'accentuer, même si elles ont, il faut bien le dire, sauvé l'édifice d'une ruine certaine.Notre-Dame-de-la-Nativité, avec ses faiblesses et ses splendeurs, demeure ainsi une page d'histoire architecturale ouverte, où chaque pierre narre une époque, un style, et le perpétuel mouvement des ambitions humaines.