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Château de Grouchy

Château de Grouchy

Osny

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui se dresse aujourd'hui sous le nom de Château de Grouchy est moins une œuvre monolithique qu'une superposition de volontés et de fortunes, un témoin discret des évolutions du goût et de l'usage. Érigé sur les substructions voûtées d'un bâti du XVIIe siècle, il fut remodelé à partir de 1787 à l'instigation du comte de Lameth dans un style Louis XVI d'une sobriété qui confinait, pour l'époque, à une certaine rigueur. Le corps de logis central, avec ses onze travées, flanqué de pavillons de trois travées chacun, exhibe un classicisme dont l'austérité est rompue par de discrets bossages et des chaînages d'angle. Les baies en plein cintre du rez-de-chaussée, dites « à la florentine », dénotent toutefois des interventions ultérieures, signalant une rupture précoce avec l'intention originelle et un glissement vers des esthétiques plus éclectiques du début du XIXe siècle. Le château, inscrit au titre des monuments historiques, a connu une existence agitée, reflet des vicissitudes sociales et économiques. Après avoir abrité les collections d'un manufacturier de papiers peints, il devint en 1881 la demeure d'Edmond About, l'académicien prolifique dont la vie sociale animée, avec une vingtaine de convives à chaque repas, contrastait avec l'apparente dignité des lieux. C'est à cette période qu'une vaste serre aux allures de panthéon fut transplantée du faste éphémère d'une exposition spécialisée de 1881 vers le parc, ajoutant une note d'exotisme au paysage. Les transformations les plus significatives intervinrent néanmoins à l'aube du XXe siècle. Lazare Weiller, un industriel dont les affaires connurent des fortunes diverses, entreprit d'importantes modifications avant de céder le domaine à Frédéric de Reiset, un banquier. Ce dernier, épaulé par l'architecte Paul Morel, paracheva une réfection substantielle, notamment celle de l'aile droite, du vestibule et du grand salon, ainsi que du grand escalier orné de figures allégoriques des quatre saisons, œuvre d'Henri-Léon Gréber. Ces ajouts, bien que de facture soignée, diluent la pureté originelle du style Louis XVI au profit d'une opulence plus conforme aux aspirations de la haute bourgeoisie financière de l'époque. Le parc de 42 hectares, aménagé à l'anglaise, conserve, malgré les stigmates des bombardements de 1944, quelques fabriques de jardin qui rappellent la mode des aménagements paysagers romantiques. Le péristyle rond, baptisé temple d'Amour, abritant une copie de la Nymphe sortant du bain d'Allegrain, ou encore la glacière souterraine, sont autant de vestiges d'un art de vivre révolu. Devenu hôtel de ville et lieu d'exposition, le Château de Grouchy offre un bel exemple de ces demeures qui, au gré des propriétaires, de leurs moyens et de leurs ambitions, ont traversé les époques en accumulant les strates stylistiques et fonctionnelles, sans jamais se figer dans une définition unique.