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Théâtre Mogador

Théâtre Mogador

Rue de Mogador, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

Le Théâtre Mogador, bien que solidement ancré dans le IXe arrondissement parisien, trahit dès sa genèse une influence transmanche. Érigé à partir de 1913, il fut la concrétisation d'une ambition britannique, celle de Sir Alfred Butt, qui souhaitait dupliquer le succès du London Palladium. C'est à Édouard Niermans, architecte aguerri aux splendeurs Belle Époque et déjà signataire de maintes adresses parisiennes, qu'incomba la tâche d'adapter ce modèle anglo-saxon à la civilité française. Une commande d'envergure, dont la construction fut inévitablement ralentie par les contingences du premier conflit mondial, repoussant son inauguration formelle à 1919. Ce baptême eut lieu sous des auspices singuliers, le président Woodrow Wilson en personne, alors à Paris pour les âpres négociations de Versailles, honorant les lieux de sa présence – une curiosité diplomatique drapée de paillettes, préfigurant peut-être la nature hybride du spectacle à venir. L'édifice, initialement nommé Palace Théâtre avant d'adopter le nom de sa rue, offre une volumétrie intérieure généreuse, capable d'accueillir un public substantiel de 1618 âmes réparties sur trois niveaux distincts : l'orchestre, la corbeille et le balcon. Cette disposition classique, garante d'une visibilité optimale, témoigne de la vocation originelle de grand music-hall, où le faste de la scène devait être accessible à tous. Si les détails de sa façade sont un mutisme relatif dans les annales, on peut postuler, connaissant l'époque et l'architecte, une composition mêlant des motifs néo-classiques ou Art nouveau discrets, servant de parure à un espace dédié avant tout à la performance. La dialectique plein/vide y est celle de tout théâtre : une enveloppe solide et fonctionnelle pour contenir un espace fluide et éphémère de représentation. Le Mogador connut des décennies d'une existence protéiforme. Dès les années 1920, il fut le théâtre des audaces des Ballets russes de Diaghilev, mais aussi des « Thés Mogador », ces après-midis musicaux qui démocratisaient l'accès à la culture. Mistinguett y fit son triomphe dans les années 30, cimentant son statut de haut lieu du divertissement populaire. Sous la direction d'Henri Varna, la salle se spécialisa dans l'opérette à grand spectacle, acquérant une renommée internationale, au point d'être brièvement rebaptisée Théâtre Henri-Varna-Mogador. Une trajectoire qui l'a vu passer des œuvres lyriques aux concerts rock des années 80 – Sting, Higelin y firent leurs gammes – pour embrasser, plus récemment, le modèle des comédies musicales grand public sous l'égide de Stage Entertainment. Cet écrin, qui a su traverser les époques et s'adapter aux mutations du goût, fut mis à l'épreuve en 2016 par un incendie dans ses sous-sols, sinistre qui entraîna une fermeture prolongée. Loin d'être un épilogue, ce fut une parenthèse, l'édifice renaissant de ses cendres, non sans un certain panache, pour accueillir de nouvelles productions, confortant sa place de pilier du spectacle vivant parisien. Un monument dont la résilience et l'éclectisme témoignent d'une capacité admirable à s'inscrire durablement dans le paysage culturel, sans jamais s'enfermer dans une seule et unique définition de l'art dramatique.