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Fontaine d'Urbain II

Fontaine d'Urbain II

Place de la Victoire, Clermont-Ferrand

L'Envolée de l'Architecte

Érigée à l'aube du XXe siècle, en 1898, la Fontaine d'Urbain II, plus prosaïquement désignée sous le nom de « Monument des Croisades », s'inscrit avec une certaine gravité sur la place de la Victoire à Clermont-Ferrand. Son origine, révélatrice des obsessions historicistes de la fin du XIXe siècle, remonte aux commémorations du huitième centenaire de la première croisade en 1895, un prétexte commode pour une nation alors soucieuse de réaffirmer ses glorieux antécédents. Il ne s'agit pas tant d'une fontaine utilitaire que d'un dispositif mémoriel, une sorte de reliquaire urbain. L'architecte Jean Teillard fut chargé de concevoir le piédestal, les bassins et le réservoir, pour lesquels il employa la sombre et durable lave de Volvic. Ce choix n'est pas anodin ; il ancre l'œuvre dans son terroir volcanique, faisant écho à la cathédrale voisine et conférant à l'ensemble une densité tellurique. L'ornementation, un bestiaire néogothique, trahit une affection pour les styles de l'époque médiévale, une relecture romantique plus qu'une fidélité archéologique, ajoutant une couche d'historicisme évocateur à la masse minérale. Au sommet de cette composition architecturale, Henri Gourgouillon a campé en bronze la figure hiératique du pape Urbain II. Le pontife est représenté dans l'acte qui le fit entrer dans l'histoire, pointant de la main droite vers l'Orient, dans une direction symbolique de la Terre Sainte. Son regard, tourné vers la cathédrale, crée un dialogue muet entre l'institution ecclésiale permanente et l'acte historique singulier qu'il incarne, l'appel de Clermont en 1095, qui lança la première croisade. C'est là toute la signification de l'œuvre : fixer dans l'espace public un événement fondateur de l'imaginaire national, en le monumentalisation avec une dignité empruntée. L'édifice, par la masse sombre de sa base en lave et le dynamisme figé de sa statuaire de bronze, matérialise une certaine vision de l'autorité, entre l'enracinement terrestre et l'élévation spirituelle. Son inscription aux monuments historiques en 1994, bien au-delà de sa date d'inauguration, atteste d'une reconnaissance tardive de sa valeur patrimoniale, au-delà des querelles esthétiques et idéologiques qu'elle a pu susciter à l'époque de sa conception, la consacrant comme un témoin singulier des aspirations d'une fin de siècle.