32 rue de la Dalbade Rue Saint-Jean, Toulouse
L'Hôtel Saint-Jean à Toulouse, bien plus qu'un simple hôtel particulier, s'affirme comme un ensemble architectural d'une ambition certaine, témoin des fortunes et des évolutions de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Sa façade de la rue de la Dalbade, œuvre majeure de Jean-Pierre Rivalz, offre une entrée en matière éloquente sur l'habileté de l'architecte officiel de la ville. D'abord prieuré modeste au XIIe siècle, l'établissement hospitalier s'est progressivement constitué un patrimoine foncier considérable. L'annexion des biens templiers au début du XIVe siècle, après une dissolution expéditive, a propulsé le site toulousain au rang enviable de grand prieuré, pilier de la Langue de Provence. Cette concentration de richesse a posé les bases d'une refonte architecturale inéluctable. C'est au XVIIe siècle, entre 1665 et 1685, sous l'impulsion du prieur Antoine de Roubin Graveson, que l'édifice acquiert sa physionomie actuelle. Rivalz, inspiré par l'ordonnancement tardif de la Renaissance et l'exubérance mesurée du baroque, notamment par le Palazzo Chigi à Rome, a su créer un ensemble d'une grande cohésion. L'aile occidentale, érigée entre 1668 et 1672, en est une illustration raffinée, suivie par les ailes sud et est. La façade principale sur la rue de la Dalbade déroule quatorze travées, dont les neuf premières, pure création de Rivalz, affichent un rythme régulier et une alternance de frontons triangulaires et curvilignes sur les fenêtres de l'étage noble. Les merlettes héraldiques qui émaillent le bandeau horizontal rappellent discrètement le passé guerrier de l'Ordre, sans ostentation excessive. Le portail, encadré de colonnes doriques, s'ouvre sur un passage couvert qui ménage un effet de surprise avant la cour d'honneur. Cette dernière, ceinte d'arcades en plein cintre sur trois côtés, orchestre la distribution des espaces intérieurs, à l'image de l'ancienne salle capitulaire. Le bâtiment n'a certes pas échappé aux vicissitudes du temps et aux réemplois successifs. Démantelé à la Révolution, il fut successivement hospice militaire, foire aux draps, puis école de commerce, chaque vocation laissant son empreinte. La destruction de l'église Saint-Rémi au XIXe siècle et l'extension de la façade furent autant d'altérations pragmatiques. La découverte récente d'enfeus médiévaux et de peintures murales du XIIIe siècle, voire la supposition de la présence du tombeau du comte Raimond VI, lors de la réhabilitation pour la Direction régionale des affaires culturelles, révèle une stratification historique fascinante sous le vernis du XVIIe siècle. Ce site, qui a accueilli des familles mal logées avant de devenir un centre administratif, continue de raconter une histoire complexe, celle d'une architecture qui s'adapte, mais dont les racines profondes affleurent toujours. L'extension contemporaine à l'arrière, intégrant les anciennes écuries, témoigne de cette capacité à intégrer le passé dans une modernité fonctionnelle, sans toujours parvenir à effacer les contradictions.