184 rue de Martainville, Rouen
L'Aître Saint-Maclou, rare vestige d'ossuaire urbain en Europe, s'érige à Rouen comme une étrange matérialisation de l'histoire collective face aux fléaux. Sa genèse remonte à la peste noire de 1348, et plus spécifiquement à la nécessité impérieuse, au début du XVIe siècle, d'accroître la capacité d'un cimetière paroissial saturé. L'édifice, débuté en 1526, se déploie en un quadrilatère mesurant quarante-huit mètres de long sur trente-deux de large, entourant une cour centrale. Les trois galeries initiales — ouest, nord, est — furent bâties en pans de bois sur un robuste soubassement de pierre. Leurs fûts de colonnes, remarquables, présentent un décor foisonnant de la première Renaissance, mêlant avec une certaine audace des scènes bibliques, des figures fantastiques et une profusion de motifs floraux. L'on y croise Adam et Ève confrontés à l'arbre de la Connaissance, côtoyant d'énigmatiques créatures. Ce sont cependant les sablières et les potelets qui retiennent l'attention par leur iconographie macabre, ornée de crânes, de tibias, d'omoplates, mais aussi d'instruments liturgiques et d'outils de fossoyeur. Une danse macabre, sculptée sur les colonnes des galeries Ouest et Est, accentue cette atmosphère singulière. La galerie sud, quant à elle, fut réalisée bien plus tard, en 1651, et se distingue par son dépouillement, dénuée de soubassement en pierre et de sculptures, témoignant d'une rupture stylistique et sans doute d'une contrainte financière liée à son affectation à une école pour garçons pauvres. Cette adaptabilité fut d'ailleurs une constante pour l'Aître : après avoir abrité des ossements, il fut tour à tour école de charité, pensionnat, musée d'art, et finalement l'École des Beaux-Arts, avant une ambitieuse rénovation au XXIe siècle, sous la houlette de Richard Duplat. La découverte d'un chat momifié, emmuré, ajoute à la curiosité de ce lieu qui, de charnier, se mua en un foyer d'instruction, puis d'art, s'inscrivant depuis 1862 au titre des monuments historiques, comme pour sceller son statut d'œuvre à la fois étrange et essentielle de notre patrimoine architectural.