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Collège des Jésuites

Collège des Jésuites

3 rue Joseph-Lakanal, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui abrite aujourd'hui le lycée Pierre-de-Fermat, ancien collège des Jésuites, illustre avec une certaine candeur l'imbrication des volontés pédagogiques, religieuses et politiques au cœur de Toulouse. Sa genèse remonte à 1567, lorsque cet établissement fut fondé sur les fondations de l'hôtel de Bernuy, une demeure de la Renaissance érigée entre 1503 et 1536. Cette réappropriation architecturale marque un moment significatif de la Contre-Réforme, où l'ordre des Jésuites, expulsé de Pamiers par les protestants, trouva refuge et moyen d'étendre son influence éducative. Les capitouls de Toulouse, animés par ce dessein, facilitèrent l'acquisition et la cession de l'hôtel. Le site, initialement une demeure opulente, fut progressivement adapté et étendu pour répondre aux exigences d'une institution florissante, accueillant jusqu'à douze cents élèves dans un internat offrant la gratuité des études, avec un enseignement principalement littéraire. Dès 1575, une chapelle fut érigée dans la basse-cour, symbolisant l'ancrage spirituel de l'entreprise. En 1605, l'imposant portail principal fut commandité par les capitouls. Il décline, sur la rue Joseph-Lakanal, un registre héraldique où se côtoient les blasons de la ville, celui du roi et le monogramme de Jésus, affirmant ainsi une triple allégeance : civique, royale et divine, une signature visuelle de l'autorité. Une longue galerie fut ajoutée en 1648 pour abriter la bibliothèque, signe manifeste de l'importance accordée au savoir et à sa diffusion. En 1683, une nouvelle classe de théologie fut construite, accompagnée d'un autre portail pour la chapelle, témoignant des efforts constants d'agrandissement et de spécialisation. Cependant, l'histoire de ce collège est marquée par une rupture en 1762, date de l'expulsion des Jésuites, suivie de la fermeture de leurs établissements. Le bâtiment fut alors transformé en Collège Royal. Sous l'impulsion de l'archevêque Loménie de Brienne, une nouvelle ère s'ouvrit, caractérisée par une modernisation significative et une ouverture aux sciences. C'est à cette période que la cour de l'Hémicycle fut élevée, adoptant un style néoclassique qui tranchait nettement avec les ajouts plus anciens. Cette addition n'était pas qu'une simple extension ; elle représentait un basculement stylistique et philosophique, épousant les canons de la raison des Lumières. De surcroît, la bibliothèque municipale fut créée au sein même du collège, enrichie par les fonds jésuites confisqués, faisant de ce lieu un foyer de savoir renouvelé. Cet ensemble architectural complexe raconte ainsi plusieurs vies, plusieurs desseins, superposant sans crier gare les intentions de la Renaissance, la rigueur jésuite, et l'élan rationaliste du XVIIIe siècle, offrant une précieuse leçon sur la permanence et la mutation des institutions au travers de leurs architectures.