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Au cœur de l'effervescence du quartier d'affaires de La Défense, une silhouette s'élève, témoin fondateur d'une ambition urbaine inédite : la Tour Initiale. Achevé en 1966, cet édifice de cent neuf mètres de haut fut, avec la Tour Esso, l'une des toutes premières tours de bureaux érigées dans ce secteur alors en pleine genèse. Sa construction est l'aboutissement du premier contrat signé par l'Établissement Public d'Aménagement de la Défense, marquant le début d'une ère nouvelle pour l'urbanisme parisien. Anciennement nommée Nobel, puis Roussel-Hoechst, elle fut conçue par les architectes Jean de Mailly et Jacques Depussé à la demande du Consortium de Dynamite, puis renommée Initiale lors de sa rénovation en 2003. Son inspiration architecturale puise dans l'élégance minimaliste de la Lever House new-yorkaise de Gordon Bunshaft, manifestant une approche rationnelle et une recherche de transparence. C'est pourtant l'ingénieur Jean Prouvé, épaulé par l'architecte Robert Giudici, qui a apporté une signature distinctive à sa façade. Ses arêtes verticales arborent des vitres courbes, une prouesse technologique audacieuse pour l'époque et globalement inconnue en France, qui nécessita l'importation de ces éléments des États-Unis. Cette sophistication des angles arrondis trouve un écho dans la célèbre tour Johnson de Frank Lloyd Wright à Racine. Plus qu'une signature esthétique, la façade intégrait également une double paroi avec circulation d'air, constituant une expérimentation thermique avant-gardiste. La structure repose sur un principe alors novateur en France : un noyau central en béton, érigé avec la technique rapide du coffrage glissant, et une charpente métallique enveloppante, une combinaison que Prouvé avait déjà explorée pour des projets universitaires. La rapidité de sa construction, achevée en seulement treize mois, est une preuve de l'efficacité de ces méthodes. La Tour Initiale ne fut pas qu'un simple immeuble de bureaux ; elle fut un véritable laboratoire, dont l'édification a contribué à la mise au point de la réglementation des Immeubles de Grande Hauteur en France. Elle incarne le modèle de la première génération de tours de La Défense, respectant des dimensions modulaires précises pour une intégration urbaine harmonieuse, servant d'exemple à une future skyline. Au-delà de son rôle pionnier en architecture et urbanisme, la tour a également laissé son empreinte culturelle. Elle est devenue un décor cinématographique, notamment dans le film Trois Milliards sans ascenseur, où elle tient le rôle central dans une intrigue de braquage sous son nom de Tour Roussel Nobel. Sa présence a également marqué l'évolution du quartier, visible dans L'aile ou la cuisse, où l'on aperçoit les anciens accès de transport, un vestige d'une époque où le terminus du métro ligne 1 s'arrêtait à Pont de Neuilly, bien avant le prolongement vers le cœur de La Défense tel que nous le connaissons aujourd'hui. Rénovée en 2003, la Tour Initiale continue d'accueillir des entreprises majeures, un symbole de résilience et d'adaptation au fil des décennies.