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Hôtel de Coulanges

Hôtel de Coulanges

35-37 rue des Francs-Bourgeois, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel de Coulanges, au cœur du Marais parisien, offre un exemple éloquent de ces architectures urbaines dont l'identité se forge par strates successives, loin des manifestes stylistiques monolithiques. Érigé entre 1627 et 1634 pour Jean-Baptiste Scarron, ce corps de logis initial, flanqué d'une aile perpendiculaire, incarnait probablement une ambition mesurée, typique de son époque. Il ne faudrait point se méprendre : la future marquise de Sévigné, figure tutélaire de l'hôtel, y résida bien jusqu'à son mariage, mais n'y vit pas le jour, honneur qui revient à l'autre Hôtel Coulanges, sur la Place Royale. Cette nuance topographique révèle déjà la complexité d'un patrimoine où les noms et les destins se superposent. L'acquisition par Philippe de Coulanges en 1640 marqua une première étape de transformation. Son fils, Philippe-Emmanuel, eut l'ambition, dès 1660, de le « rhabiller ». Ce sont ses interventions qui donnèrent à la cour d'honneur ses arcades rythmées, ornées de mascarons, et qui redessinèrent l'aile gauche, agrandissant l'espace au gré d'une certaine emphase décorative. L'édifice devint par la suite le « petit hôtel Le Tellier », annexe du grand hôtel voisin. C'est là, dit-on, que six des enfants illégitimes de Louis XIV et de Madame de Montespan auraient été élevés en toute discrétion, ajoutant une note de romanesque clandestin à l'austérité des pierres. Le XVIIIe siècle apporta son lot de métamorphoses significatives. En 1707, Edme Beaugier, nouveau propriétaire, remplaça le bâtiment sur rue par un mur percé d'un portail au décor rocaille, dont les mascarons, l'un barbu vers la rue, l'autre féminin vers la cour, témoignent du goût pour l'allégorie et le pittoresque. Puis, c'est André Charles Louis Chabenat qui, en 1769-1770, adjoignit un pavillon en rotonde à la façade arrière et rehaussa le corps central d'un attique, conférant à l'ensemble une nouvelle harmonie classique, non sans une certaine grandiloquence. Le tragique destin du dernier propriétaire sous l'Ancien Régime, Durand-Pierre Puy de Vérine, emporté par la Terreur en 1794, rappelle la fragilité des fortunes et la violence des ruptures historiques. Après un XIXe siècle de dégradations, un projet de démolition en 1961 provoqua la mobilisation, et l'hôtel fut heureusement classé. Sa restauration dans les années 1970 lui permit d'accueillir la Maison de l'Europe, avant que son espace ne soit réaffecté, en 2024, à un concept store de mode, Dover Street Market, redessiné par Rei Kawakubo. Cet ultime avatar commercial, bien que fort contemporain, ne manque pas d'une certaine ironie : l'élégance discrète du XVIIe siècle et les parures rocaille ou classiques du XVIIIe servent désormais d'écrin à l'avant-garde du luxe. Un parcours qui illustre la plasticité du bâti ancien, éternellement adapté aux contingences et aux modes, bien au-delà de sa fonction originelle. À l'intérieur, subsistent encore des indices de cette histoire multicouche : un escalier de service du XVIIe siècle, des corniches et parquets Versailles du XVIIIe, autant de fragments qui content, sans grandiloquence, la longue durée de l'architecture parisienne.