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Église Saint-Irénée

Église Saint-Irénée

5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

Commencer une exploration de l'église Saint-Irénée à Lyon, c'est d'abord prendre la mesure d'une persistance singulière, celle d'un site sacré dont l'occupation remonte bien au-delà des strates immédiatement visibles. Plutôt qu'une seule entité figée, l'édifice se révèle comme un recueil de métamorphoses, une stratigraphie architecturale où chaque époque a laissé son empreinte. Ce monticule lyonnais, déjà nécropole romaine et paléochrétienne, portait en son sein les prémices d'une vénération qui s'est tissée autour de sépultures, dont celles, supposées, des martyrs Irénée, Alexandre et Épipode. La pratique de la distribution de la poussière précieuse des martyrs au Ve siècle, documentée par Fauste de Riez, témoigne d'une dévotion ancienne et quelque peu pragmatique, précédant l'établissement d'un culte officiel et public. Les sarcophages retrouvés, à l'instar de celui du triomphe de Bacchus, rappellent la coexistence parfois curieuse des mondes. Les murs les plus anciens de la crypte, datant du Ve siècle, attestent de la basilique primitive, que certains attribuent à l'évêque Patiens. L'archevêque Avit, au début du VIe siècle, y aurait consacré un édifice aux proportions ambitieuses, doté d'un grand transept et d'une vaste crypte, dont un unique arc demeure aujourd'hui, tel un vestige opiniâtre. La crypte carolingienne, configurée au IXe siècle et restaurée avec une certaine emphase au XIXe, avec ses couloirs séparés pour l'entrée et la sortie, révèle une ingéniosité pratique pour gérer les flux de pèlerins. Ce fut également, après le Xe siècle, la nécropole des comtes de Forez et des seigneurs de Beaujeu, soulignant son importance funéraire et symbolique pour l'aristocratie locale. De récentes fouilles ont mis au jour un chœur du VIIe siècle et des fresques du XVIIIe, dévoilant sans hâte l'étendue de son passé enfoui. Le destin de Saint-Irénée fut brutalement interrompu en 1562 par le baron des Adrets, dont les troupes protestantes ne manquèrent pas de vandaliser l'ensemble, profanant les reliques et dispersant les ossements, avant de s'acharner sur la crypte elle-même. Cet épisode, qui vit l'église réduite à l'état de fenil durant la Révolution, fut suivi d'une reconstruction au XIXe siècle, achevée vers 1830. L'église haute actuelle adopte un style néoclassique, parsemé de ce que l'on qualifie de rappels byzantins, une formule qui, il est vrai, peut recouvrir des intentions stylistiques diverses. Elle témoigne d'un goût pour l'ordre et la monumentalité retrouvés, un choix somme toute assez conforme à l'esprit d'une époque cherchant à renouer avec une certaine solennité après les turbulences. À l'intérieur, les sculptures de Jean-François Legendre-Héral, les vitraux de Lucien Bégule, évoquant les martyrs lyonnais, et l'orgue Callinet de 1855, remanié par la suite, constituent un ensemble hétéroclite, fruit de campagnes successives. À l'extérieur, le calvaire et son chemin de croix, érigés derrière le chœur, ajoutent une dimension pittoresque au site. Le fait qu'un tel calvaire ait persisté en milieu urbain relève presque de l'anomalie, témoignant d'une dévotion tenace face à l'urbanisation. La chapelle souterraine, abritant un gisant, achève ce parcours de recueillement. L'ensemble, inscrit puis classé, constitue un témoignage précieux de ces aménagements votifs. L'Église Saint-Irénée, plus qu'un simple édifice religieux, est un assemblage de temps, un laboratoire où l'histoire, l'archéologie et l'architecture se mêlent avec une complexité parfois déconcertante. Elle demeure un point d'ancrage notable dans l'histoire de Lyon, une construction patiemment réaffirmée sur les décombres de l'oubli.