Voir sur la carte interactive
Église Notre-Dame-des-Pauvres

Église Notre-Dame-des-Pauvres

27, boulevard Gallieni4-6, rue Charlot, Issy-les-Moulineaux

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Notre-Dame-des-Pauvres, sise boulevard Gallieni à Issy-les-Moulineaux, se profile comme un spécimen éloquent de l'architecture religieuse d'après-guerre, témoignant des velléités de renouvellement formel et spirituel qui traversèrent la France des années 1950. Sa désignation, reconnue par le Salon d'Art Sacré dès 1953, la place d'emblée dans un courant de pensée où l'expression de la foi cherchait de nouvelles matérialités, loin des pastiches historicistes. Conçue sur un plan délibérément trapézoïdal, une contrainte probablement dictée par la parcelle urbaine, l'édifice s'affranchit des schémas basilicales classiques. L'innovation majeure réside sans doute dans sa couverture par un voile de béton, une prouesse structurelle qui, au lieu d'écraser, se relève avec une certaine aisance vers le chœur, conférant à l'ensemble une dynamique ascensionnelle. Cette audace, caractéristique des expérimentations du béton armé post-Le Corbusier, permet une articulation des masses à la fois audacieuse et dépouillée, où le volume intérieur est moins défini par des murs porteurs que par l'enveloppe légère et continue. Il est assez piquant de constater que la genèse de cet édifice fut confiée à un jeune architecte de vingt-six ans, Jean-Blaise Lombard, assisté d'Henri Duverdier. Ce choix, orchestré par l'abbé Pailloncy, aumônier de surcroît, et la filiation informelle avec Léon Zack via le père de Lombard, suggère une certaine spontanéité, voire une audace juvénile qui a pu dérouter les esprits les plus conservateurs. L'histoire veut que cette proximité ait facilité la collaboration avec le maître-verrier, dont l'atelier se trouvait à Vanves, à une encablure. Les murs, en pierre de Valreuil, dont la coloration ocre veinée de bleu dénote une recherche de texture et de teinte spécifique, dialoguent avec la lumière filtrée par les vitraux. Ceux-ci, œuvre de Léon Zack en collaboration avec Henri Déchanet, se distinguent par une esthétique à mi-chemin entre l'abstraction lyrique et une rigueur géométrique. L'effet n'est pas tant de narrer des scènes bibliques que de transfigurer l'espace par la couleur et la forme, induisant une atmosphère propice à la contemplation, mais sans mièvrerie. La dalle de verre du baptistère, signée Jean Lesquibe, accentue cette perméabilité visuelle et cette irisation. Le chemin de croix, gravé à même le mur par Zack et sa fille Irène, ainsi que les contributions du sculpteur Maxime Adam-Tessier, complètent ce parti pris d'intégration des arts, cher à l'art sacré de l'époque. L'inscription de cet ensemble aux monuments historiques en 2007, des décennies après son édification et sa reconnaissance initiale, atteste d'une lente mais indéniable intégration de cette modernité audacieuse dans le corpus patrimonial. Elle valide, avec le recul nécessaire, une démarche qui, à l'époque, représentait une rupture significative avec les conventions, préférant l'expressivité des matériaux bruts et la lumière diffractée à l'ornementation ostentatoire.