Pontoise
L'Église Notre-Dame de Pontoise, telle qu'elle se présente aujourd'hui, offre un témoignage éloquent des aléas de l'histoire et des compromis architecturaux. Elle se dresse en modeste successeur d'une basilique gothique rayonnante, jadis réputée l'une des plus vastes de France. Cette ancienne église, dont la splendeur impressionnait fortement les contemporains, fut tragiquement décimée lors du siège de Pontoise en 1589, alors même que des travaux d'agrandissement la rendaient quasi achevée. Un siècle plus tôt, les Anglais l'avaient déjà partiellement reconstruite, un acte d'ailleurs soigneusement gommé des mémoires officielles. On la décrivait alors comme un ensemble majestueux, à l'instar de l'église Saint-Ouen de Rouen, avec un transept épanoui en rosace et une façade occidentale flanquée de deux tours carrées, encadrant le pignon de la grande nef. L'intérieur, orné des Douze Apôtres sculptés grandeur nature sur les piliers et d'un retable en airain, complétait ce tableau d'une richesse regrettée. Devant l'ampleur des destructions et l'épuisement des finances, la solution qui s'imposa fut celle d'une église provisoire, édifiée rapidement et à moindres frais par Nicolas Le Mercier. Cette contrainte se lit dans l'ouvrage : une architecture Renaissance simplifiée, manquant d'ambition, où le bois remplace la pierre pour les voûtes de la nef. L'édifice actuel, orienté non pas selon le plan liturgique mais sur l'alignement urbain, présente une physionomie trapue. Il est intéressant de noter que, pour ne pas entraver les tirs d'artillerie, l'église fut construite en contrebas du niveau de la place, une singularité qui force une descente de plusieurs marches pour pénétrer son espace. L'architecte dut alors jongler avec les proportions pour créer une illusion d'équilibre, la nef étant sensiblement plus large que haute et que profonde. Cette largeur, de près de onze mètres entre les piliers, et l'intégration des bas-côtés, confèrent cependant à l'ensemble une capacité d'accueil et une visibilité appréciables pour une église de cette facture. On regrettera toutefois l'indigence du chœur, dont la hauteur moindre et l'absence de décoration tranchent avec la tradition qui veut que le sanctuaire soit le point culminant de l'édifice. Les fenêtres hautes, d'inspiration vaguement flamboyante, et les pilastres doriques simplifiés accolés aux colonnes massives, témoignent de cette époque de transition et de restriction. Malgré cette modestie structurelle, l'église Notre-Dame de Pontoise abrite des éléments d'un intérêt considérable. En premier lieu, la Vierge à l'Enfant, sculpture du XIIIe siècle, réputée miraculeuse. Elle est l'un des rares vestiges de la basilique disparue, où elle occupait le trumeau du portail nord. Son rôle fut capital dans l'histoire de Pontoise, attirant un pèlerinage si fervent qu'il justifia l'agrandissement de la basilique. L'anecdote de la peste de 1638, où les échevins firent un vœu solennel devant la statue, illustre l'intensité de cette dévotion, qui se poursuit encore aujourd'hui, matérialisée par les ex-voto tapissant la chapelle. Ensuite, le tombeau de saint Gauthier, premier abbé de Saint-Martin, datant de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle. Ce gisant, d'une facture certes un peu lourde mais non dénuée de caractère, représente une pièce maîtresse de la sculpture médiévale, transférée ici en 1843. Enfin, le buffet d'orgue, œuvre baroque de Nicolas Duchâtel datant de 1639, offre un contraste saisissant avec l'architecture environnante. Ses chérubins, harpies et l'ange trompettiste sur le positif principal en font un objet d'art à part entière, dont la richesse d'ornementation dénote un goût distinct de la simplicité contrainte de l'église. À l'extérieur, le porche de 1729, d'un classicisme plus affirmé, traite la façade comme un arc de triomphe, avec ses bas-reliefs élégants. Le clocher, œuvre des Le Mercier datant du milieu du XVIe siècle, présente une certaine lourdeur. Malgré l'intention provisoire de sa conception, l'église a traversé les siècles, bénéficiant d'une restauration extérieure soignée au début du XXIe siècle, lui rendant une certaine prestance grâce à l'emploi judicieux de pierres de Saint-Leu et Saint-Maximin, compensant ainsi la modestie de son dessin initial. Sa survivance et sa charge historique lui ont valu un classement au titre des monuments historiques en 1926, soulignant que l'intérêt d'un édifice ne se mesure pas toujours à sa seule grandeur architecturale.