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Hôtel Roux de Corse

Hôtel Roux de Corse

13 rue Montgrand, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Roux de Corse, sis rue Montgrand à Marseille, offre un aperçu éloquent de l'architecture résidentielle du milieu du XVIIIe siècle. Érigé entre 1743 et 1745, il partage, par ses formes de fenêtres et ses pilastres plats à chapiteaux ioniques, un air de famille avec l'Hôtel Daviel, suggérant l'intervention des mêmes bâtisseurs, les frères Gérard. Cette parenté formelle n'est pas fortuite ; elle révèle l'adoption d'un certain canon stylistique en vogue à Marseille pour les demeures de prestige. L'édifice fut la matérialisation de l'ascension sociale et financière des frères Jean-André et Georges Roux, armateurs dont la fortune, édifiée par le commerce avec les Antilles, nécessitait un cadre à la mesure de leurs ambitions. L'hôtel, pensé comme un écrin pour de somptueuses réceptions, devait affirmer leur position dans la société marseillaise. L'analyse de l'Hôtel Roux de Corse révèle un ordonnancement classique, où les façades, soucieuses d'une certaine dignité, encadraient un intérieur conçu pour l'apparat. L'atrium et la cage de l'escalier d'honneur, éléments centraux des hôtels particuliers de cette époque, constituaient des parcours initiatiques vers les salons d'apparat, ornés de cheminées et décors dont la richesse témoignait de la prospérité des propriétaires. Ces espaces, bien que transformés par les affectations successives, conservent la mémoire d'une disposition axiale et d'une recherche de monumentalité dans l'intimité domestique. Georges Roux, devenu l'unique propriétaire et échevin moderne, puis ancien, y mena grand train. C'est dans ce cadre, dit-on, qu'en juillet 1756, le maréchal duc de Richelieu, revenant victorieux de Minorque, aurait été le premier à goûter la fameuse sauce mahonnaise, introduite des îles Baléares pour accompagner le poisson. Une anecdote savoureuse qui ancre l'édifice dans l'histoire des mœurs. Cependant, la fortune n'est jamais éternelle. La guerre de Sept Ans sonna le glas des affaires de Georges Roux, le contraignant à une progressive déchéance économique. L'hôtel, symbole de sa puissance, fut loué avant son décès. La Révolution, puis l'Empire, transformèrent radicalement sa destinée. Confisqué un temps, il fut finalement acquis de force par la ville en 1805 pour servir de résidence au préfet Thibaudeau, non sans des dépenses considérables pour sa mise au goût du jour, s'élevant à 574 000 francs entre l'acquisition, les réparations et l'ameublement. Cette somme, colossale pour l'époque, souligne la valeur intrinsèque et symbolique du bâtiment, malgré l'état dans lequel il fut trouvé. L'hôtel fut ensuite une préfecture, puis accueillit la Société des Amis des Arts, avant de devenir un lycée de jeunes filles en 1891, rôle qu'il conserve en étant aujourd'hui intégré au lycée Montgrand. Cette succession d'usages, de la résidence privée ostentatoire à l'institution publique et éducative, révèle une remarquable résilience structurelle. L'inscription aux monuments historiques en 1997 valide une reconnaissance tardive mais méritée de son intérêt architectural, au-delà de ses péripéties historiques. C'est un édifice qui a su traverser les époques en adaptant sa fonction, conservant une part de son élégance originelle derrière des façades qui ont vu défiler l'histoire.