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Hôtel de Beaumont(ancienHôtel de Masseran)

Hôtel de Beaumont(ancienHôtel de Masseran)

11 rue Masseran 2 rue Duroc, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Masseran, désormais plus souvent désigné sous l'appellation de Beaumont, s'inscrit avec une certaine discrétion mais non sans autorité dans l'urbanisme parisien du faubourg Saint-Germain finissant. Œuvre d'Alexandre-Théodore Brongniart, dont la présence dans ce quartier des Invalides, où il résidait lui-même, était quasi hégémonique à l'aube de la Révolution, cet hôtel particulier de 1787 témoigne des postulats néoclassiques alors en vogue. Loin de l'exubérance rocaille, Brongniart privilégie ici une ordonnance claire, une noblesse contenue qui sied aux aspirations d'une aristocratie recherchant une élégance sobre, après les excès du règne précédent. C'est l'une des nombreuses interventions de l'architecte dans ce périmètre, affirmant sa maîtrise d'un langage architectural propre à une élite éclairée. Érigé pour Carlo Sebastiano Ferrero Fieschi, prince de Masserano, dont le pedigree, de l'Espagne aux Fieschi génois et jusqu'à la cousinerie avec Louis XVI, ne laissait guère de doute sur les prétentions de son commanditaire, l'édifice est un écrin de pierre dont la façade sur jardin déploie le rythme mesuré de pilastres corinthiens. Cette façade d'apparat, orientée vers ce qui fut sans doute un parc minutieusement dessiné, visible depuis le boulevard des Invalides, illustre la dualité si parisienne entre la retenue de l'entrée sur rue et l'éclat déployé côté verdure. L'architecte, supervisant le chantier à quelques pas de sa propre demeure, assurait sans doute une exécution fidèle à son dessein, malgré les 3 000 m² de plancher et le parc de près de 1 600 m² que l'ensemble déploie, une échelle déjà conséquente pour l'époque. L'histoire de l'hôtel est un palimpseste de fortunes et de goûts successifs. Après les Fieschi et l'acquisition par le banquier De Clercq, l'hôtel connut une période de transformations qui témoigne de la pérennité stylistique du Louis XVI, au point qu'un salon créé au XIXe siècle fut longtemps tenu pour une œuvre originale de Brongniart, illusion flatteuse pour la qualité de la pastiche. Mais c'est sans doute sous l'égide du comte Étienne de Beaumont que l'Hôtel de Masseran acquiert sa légende mondaine. Arbitre des élégances, mécène averti des Ballets Russes de Diaghilev, de Braque et de Picasso, il y donna des fêtes dont la plus célèbre, le bal "Louis XIV" de 1939, fut une audacieuse et spectaculaire recréation des fastes versaillais, un exercice de style, sinon de nostalgie, au crépuscule d'une certaine Belle Époque. Ce fut également le théâtre d'une vie intellectuelle et artistique bouillonnante, accueillant Cocteau, Diaghilev. Il logea même Marie Laurencin et le sculpteur Jo Davidson dans ses dépendances, transformant ce lieu privé en un carrefour de l'avant-garde. Cette effervescence inspira à Raymond Radiguet le cadre de son roman posthume, Le Bal du comte d'Orgel, conférant à l'hôtel une aura littéraire indéniable. Plus tard, les Rothschild, avec cette prédilection pour l'art de vivre ancien, y transportèrent d'admirables boiseries du XVIIIe siècle provenant de l'hôtel de la comtesse de Parabère, un ajout spectaculaire qui, tout en enrichissant le lieu, altère sa pureté originelle, le transformant en un musée privé de fragments du passé. Ironiquement, ce monument de l'élégance parisienne, classé en 1946, a connu une période de quasi abandon après son acquisition par le président Félix Houphouët-Boigny, son faste s'estompa dans une relative décrépitude, culminant par la vente, en 2008, d'une partie de son mobilier d'exception pour financer une restauration dont les effets, manifestement, peinent à se faire pleinement sentir, l'édifice étant à nouveau proposé à la vente en 2023 pour une somme exorbitante. Un destin mouvementé pour un témoin privilégié de l'histoire parisienne, oscillant entre l'apogée mondaine et les affres du temps et des changements de propriétaires.