Place d'Arsonval Rue Trarieux Rue Viala Rue Professeur-Florence, 3e arrondissement, Lyon
L'Hôpital Édouard-Herriot, autrefois connu sous le nom de Grange-Blanche, se révèle être un témoignage significatif de l'idéal hygiéniste et de la rationalité fonctionnelle du début du XXe siècle. Sa conception par Tony Garnier, initiée en 1913, ne s'inscrit pas dans une tradition hospitalière monolithique, mais s'affirme plutôt comme une rupture audacieuse, extrait même de sa vision plus large d'une cité industrielle. Loin des vastes enclos d'antan, l'architecte, sous l'impulsion du maire Édouard Herriot, a privilégié une configuration pavillonnaire, dispersant les fonctions pour mieux aérer et ensoleiller les espaces, transformant le soin en une forme de « cité-jardin pour les malades ». Cette organisation, inspirée des modèles nord-européens et d'une commission voyageuse, visait à corriger les défauts perçus des édifices concentrés, tel le vénérable Hôtel-Dieu de Soufflot, jugé somptueux mais inadapté aux exigences sanitaires modernes. Les 32 pavillons, dont 22 dédiés aux soins, furent orientés en "U" avec leurs ouvertures au sud, maximisant l'apport lumineux, un précepte alors fondamental pour la thérapie. Sous cette trame aérienne et végétale, se déploie un réseau souterrain de galeries de 2,5 kilomètres, une innovation logistique majeure pour l'acheminement des flux — repas, linge, médicaments — orchestrée par des chariots électriques. Cette dichotomie entre l'apparent éclatement des volumes et l'unité fonctionnelle dissimulée confère à l'ensemble une complexité discrète, presque invisible à l'observateur superficiel. L'édification, cependant, ne fut pas exempte de péripéties. Lancée en 1913, elle fut ralentie par la Grande Guerre et les difficultés financières de l'après-conflit. Le coût initial fut multiplié par quinze, passant de 13 à 206 millions de francs, une dérive budgétaire qui ne manqua pas de susciter quelques commentaires acerbes lors de l'inauguration en 1933. L'ambition politique du maire de voir l'hôpital géré directement par la municipalité, sans l'interférence des Hospices civils de Lyon, dut également céder à la réalité administrative. Ironiquement, la chapelle, absente des plans originels de Garnier, fut ajoutée sur insistance des administrateurs, une concession aux mœurs religieuses malgré les inclinations laïques du commanditaire. À peine trente ans après son ouverture, l'idéal architectural originel commença à montrer ses limites. Pensé pour 1544 lits, l'hôpital dut s'adapter à une demande croissante, atteignant près de 2700 lits en 1953, obligeant à diviser les services au sein des pavillons et à reconsidérer la répartition des espaces. La rigidité des "murs très épais", initialement gages de robustesse et d'isolation, devint un obstacle aux transformations structurelles exigées par l'évolution des pratiques médicales et la quête d'un plus grand confort pour les patients, qui aspiraient à des chambres individuelles plutôt qu'à de vastes salles communes. L'Hôpital Édouard-Herriot n'en demeura pas moins un fer de lance de la médecine lyonnaise. Il fut le théâtre de nombreuses premières médicales, telles que la première allogreffe de la main en 1998 et la double greffe des mains et avant-bras en 2000, illustrant une capacité constante d'innovation. Sa progressive inscription au titre des monuments historiques, protégeant notamment la chapelle, les façades et toitures de certains pavillons, ainsi que la trame des voies et son réseau souterrain, témoigne d'une reconnaissance tardive de sa valeur patrimoniale, au-delà de sa fonction sanitaire. Ces protections n'empêchent pas les plans de modernisation actuels qui, par démolitions et reconstructions, visent à concilier l'héritage d'un passé ambitieux avec les impératifs d'une médecine toujours en mouvement, une tension constante entre la forme et la fonction, l'héritage et l'avenir.