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Immeuble au 31, rue des Frères

Immeuble au 31, rue des Frères

31, rue des Frères, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice sis au 31, rue des Frères à Strasbourg, sans doute moins éclatant qu'une cathédrale, n'en demeure pas moins une composante révélatrice du tissu urbain historique. Son inscription au titre des monuments historiques dès 1931 suggère non pas une audace révolutionnaire, mais une valeur patrimoniale intrinsèque, souvent celle d'une représentation exemplaire d'un style ou d'une période. On peut y déceler les canons d'une architecture bourgeoise de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle, une période où le classicisme, épuré de ses excès rococo, retrouvait une certaine sobriété, sans pour autant céder à l'austérité. La façade, imaginons-la, révèle un ordonnancement régulier, une composition tripartite usuelle. Le soubassement, souvent traité en bossage plus rustique, sert d'assise solide à un corps de bâtiment principal percé de baies équilibrées. Ces fenêtres, dont la régularité et la proportion s'inscrivent dans une recherche d'harmonie, définissent un rythme vertical qui contraste avec l'horizontalité des bandeaux ou corniches marquant les niveaux. Le parement, probablement en grès des Vosges, ce matériau local dont la teinte rose ou ocre confère aux bâtis strasbourgeois une douceur particulière, aurait été travaillé avec une précision qui n'exclut pas une certaine économie. L'ornementation, si elle existe, serait discrète : des agrafes au-dessus des ouvertures, de fines corniches, peut-être des pilastres plats délimitant subtilement les travées. Il n'y a là ni faste ostentatoire, ni grandiloquence, mais une dignité contenue, reflet d'une bourgeoisie pragmatique et soucieuse de sa place dans la ville. L'accès, sans doute une porte cochère, pouvait autrefois donner sur une cour intérieure, ce dispositif traditionnel offrant lumière et air aux pièces dérobées et permettant le stationnement des véhicules de l'époque. Cette dialectique du plein et du vide, de la façade urbaine et de la cour intime, caractérise nombre d'hôtels particuliers de cette envergure. L'immeuble, dans son élégance discrète, raconte une histoire de l'intégration architecturale, celle d'un bâtiment conçu pour s'insérer harmonieusement dans un tissu urbain dense, répondant aux nécessités fonctionnelles tout en incarnant un certain idéal esthétique de son temps. Sa valeur ne réside pas dans son statut de chef-d'œuvre isolé, mais dans sa contribution à la cohérence et à la richesse du paysage urbain strasbourgeois, un témoignage bâti de l'évolution des sensibilités et des techniques constructives d'une époque révolue.