Pontoise
L'édifice qui porte aujourd'hui le titre de Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise n'a accédé à cette dignité épiscopale qu'en 1966, une consécration administrative tardive pour une église dont l'histoire architecturale est bien plus ancienne et singulièrement mouvementée. Née église paroissiale autour du XIIe siècle, elle présentait alors un plan cruciforme des plus orthodoxes, avec sa nef, son transept saillant, son clocher central et son chevet hémicyclique entouré d'un déambulatoire à chapelles rayonnantes. Quelques vestiges de cette période subsistent, discrets témoins d'une forme originelle maintes fois altérée, tels les arcs formerets septentrionaux de la nef ou certains murs des croisillons. Les siècles n'ont cessé de la transformer, parfois brutalement. Le XIVe siècle voit sa structure ébranlée par la chute du clocher central, un incident qui nécessita la reconstruction partielle de la nef, financée, fait notable, par les bouchers de la ville. Cette période amorce également une première extension vers l'ouest avec l'ajout de travées à la nef et aux bas-côtés, et l'édification d'un clocher en façade occidentale, signe d'une volonté d'affirmation. Mais c'est au XVIe siècle que Saint-Maclou subit une métamorphose d'envergure, adoptant avec une certaine assurance les canons de la Renaissance. Le bas-côté nord est doublé, se parant de chapelles dont les pilastres et les chapiteaux, ornés d'enfants, de satyres ou de chimères, rappellent la sophistication de Saint-Eustache à Paris. La nouvelle voûte de la croisée du transept, œuvre de Jean Delamarre vers 1541, arbore des liernes et tiercerons richement décorés, et ses clés de voûte célèbrent avec ostentation le passage de témoin entre François Ier et Henri II. L'audace du dôme Renaissance coiffant le clocher occidental, par Pierre Le Mercier, achève cette recomposition stylistique. Le XVIIIe siècle, avec une singulière méconnaissance de la valeur patrimoniale, s'employa à des embellissements qui furent autant d'altérations. Les baies hautes de la nef et de la chapelle de la Vierge furent remplacées, le dallage de pierres tombales disparaît et les chapiteaux nord de la nef furent supprimés. Le comble fut la démolition du pilier central et du tympan du portail principal en 1784, puis l'année suivante, la suppression du clocher central, jamais remplacé. La Révolution, quant à elle, paracheva ce travail de déprédation en mutilant les statues du portail occidental et en fondant les cloches. L'église fut même brièvement convertie en Temple de la Raison, puis en halle aux grains, avant que le XIXe siècle ne voit émerger une conscience de la sauvegarde. Des restaurations s'engagèrent, menées par des architectes comme Henri Blondel et Alphonse Simil, qui reconstituèrent notamment la rosace de la façade occidentale. Il fallut attendre le début du XXe siècle pour qu'un bienfaiteur permette de dégager le chevet du XIIe siècle, enfoui sous des constructions. Aujourd'hui, l'édifice révèle cette stratification complexe. Sa façade occidentale, asymétrique, mêle éléments du XVe et du XVIe siècle. La rosace, restaurée, déploie un réseau flamboyant d'une complexité organique, presque végétale. L'intérieur conserve des trésors, comme les six vitraux Renaissance du bas-côté nord, classés pour la plupart, et l'impressionnant groupe sculpté du Saint-Sépulcre, datant de 1550, dont la finesse se révèle malgré les manques d'expressivité de certains visages. L'orgue, un instrument remarquable dont le buffet classé remonte au XVIIIe siècle, fut reconstruit par Aristide Cavaillé-Coll, témoignant de sa longue vie musicale. Saint-Maclou n'est pas un monument monolithique, mais une narration architecturale à ciel ouvert, un livre dont chaque page fut réécrite au fil des époques, souvent au détriment de l'harmonie, toujours au service d'une histoire locale riche et tumultueuse. C'est, en somme, un assemblage éloquent de compromis, de destructions et de restaurations, reflétant les ambitions et les renoncements successifs.