
20 boulevard de Gabès, Marseille
L'édification du Centre chorégraphique national de Marseille, abritant le Ballet national et son école, fut confiée à Roland Simounet, architecte dont la rigueur et la quête d'une modernité ancrée caractérisent l'œuvre. Livré en 1992, le bâtiment répondait à une nécessité, celle d'offrir un écrin pérenne à une institution chorégraphique florissante, initialement impulsée par Roland Petit en 1972 avec le soutien du maire Gaston Defferre. Cette commande publique, s'insérant dans un parc entre le Prado et Saint-Giniez, témoigne d'une volonté politique d'affirmer la présence artistique de la cité phocéenne. Simounet, lauréat du Grand Prix national de l'architecture en 1985, a souvent exploré une volumétrie claire, des jeux d'ombres et de lumières évoquant une certaine méditerranéanité. Pour un lieu dédié à la danse, l'enjeu réside dans la capacité à orchestrer des espaces vastes et modulables, où le corps en mouvement trouve son ampleur, tout en assurant une isolation acoustique et une gestion lumineuse précises. Loin de toute fioriture, l'architecture simounetienne privilégie ici une expressivité structurelle. On peut imaginer des façades en béton brut, matériau qu'il affectionnait pour sa plasticité et sa capacité à exprimer la vérité constructive, offrant une carapace solide à la fragilité évanescente de la danse. La relation entre le plein et le vide, inhérente à toute composition architecturale, prend une dimension particulière lorsqu'il s'agit de contenir l'énergie cinétique. Simounet aurait ainsi sculpté des volumes pour guider les flux, tant humains que lumineux, créant une séquence spatiale propice à la concentration et à la performance. C'est une architecture qui, sans jamais verser dans le spectaculaire facile, cherche à s'inscrire avec discrétion et dignité dans son environnement, un manifeste de la fonctionnalité élevée au rang d'esthétique. Elle offre ainsi un contrepoint matériel et immuable à l'effervescence éphémère des créations chorégraphiques qui s'y déploient, de Pink Floyd Ballet à Age Of Content, assurant une ancre solide pour l'art en mouvement.