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Hôtel Mansencal

Hôtel Mansencal

1 rue Espinasse, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L’Hôtel Mansencal, élevé entre 1527 et 1547 pour le parlementaire Jean de Mansencal, incarne avec une certaine retenue l'ambition de l'aristocratie toulousaine de la Renaissance. Cet édifice, maintes fois remanié, témoigne d'une période où l'architecture privée affirmait son prestige. Sa haute tour et sa façade côté jardin, bien que partiellement altérées, constituaient des éléments distinctifs de son faste originel. La progression des acquisitions foncières par Mansencal, puis par ses héritiers, comme Philippe de Caminade – un président au Parlement dont la réputation de poète était telle qu'il fut lauréat des Jeux floraux et salué par Goudouli avant de succomber à la peste au milieu du XVIIe siècle –, dépeint une quête constante d'agrandissement et de consolidation patrimoniale. L'hôtel devint un foyer intellectuel sous Jean-Georges de Garaud-Duranti, accueillant les assemblées des Lanternistes, où les esprits éclairés de Toulouse se rencontraient, ajoutant une dimension culturelle notable au lieu. Après la Révolution, l'édifice connut une vie plus prosaïque, se transformant en pensionnats successifs, éloignés du lustre d'antan. L'épisode le plus regrettable survint en 1874, lors de son acquisition par les Dominicains. Initialement voué à la démolition pour l'extension de leur couvent néogothique par l'architecte Henri Bach, il fut finalement épargné, mais non sans sacrifier une portion substantielle de sa façade sur jardin, perdant trois de ses cinq travées. Cette mutilation constitue un témoignage éloquent des compromis imposés par l'urbanisme et les changements d'affectation. La façade sur rue, d'une massivité discrète, s'ouvre sur une cour où s'élève une tour d'escalier de trente mètres, étonnamment carrée à l'extérieur mais dissimulant une vis circulaire. Celle-ci culmine sous une colonne corinthienne supportant une voûte cylindrique ornée d'une torsade, un bel exercice de style. Les baies étroites de cette tour superposent avec pédagogie les ordres dorique, ionien et corinthien. Une tourelle d'angle, habilement suspendue sur trompe, permettait l'accès aux étages. Autrefois, une coursière sur arcades en anse de panier liait harmonieusement les différents corps de bâtiment, offrant une unité visuelle aux fenêtres soulignées de chambranles à double crossettes et couronnées d'une corniche à petites arcatures de brique. La façade sur jardin, bien que fragmentaire, conserve l'élégance de la superposition des ordres classiques sur ses pilastres, encadrant des fenêtres cintrées aux chambranles sophistiqués. Cet hôtel, aujourd'hui partie intégrante du collège Saint-Thomas-d'Aquin, demeure une énigme pour l'œil averti, un assemblage de vestiges révélant la complexité d'une histoire toulousaine où les splendeurs de la Renaissance côtoient les cicatrices des transformations ultérieures.