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Maisons 2 rue du Change

Maisons 2 rue du Change

2 rue du Change, Tours

L'Envolée de l'Architecte

Dans le tissu urbain du Vieux-Tours, au carrefour de la rue du Change et de la rue de la Monnaie, se dresse un ensemble de maisons dont l'apparence dissimule à la fois sa structure et sa vénérable ancienneté. Datant de la fin du XVe siècle, cette double demeure à pans de bois, classée Monument Historique en 1965, est un témoignage de la persistance architecturale, non sans quelques artifices. L'observation première révèle non pas l'ossature de bois attendue, mais un essentage d'ardoise recouvrant intégralement les pans de bois des façades et des murs gouttereaux. Ce choix, onéreux pour l'époque, ne relevait pas seulement d'un souci esthétique, mais probablement aussi d'une volonté de protection contre les intempéries et, il faut bien l'admettre, d'une certaine démonstration de richesse. L'ardoise, ce matériau noble et durable qui coiffe également la toiture, confère à l'ensemble une silhouette singulière, compacte et foncée, qui rompt avec la légèreté visuelle souvent associée aux constructions à colombages. Les ouvertures, pour leur part, ont connu des remaniements significatifs deux siècles après l'édification initiale, ajustant sans doute la perception de l'édifice aux goûts et aux besoins d'une époque ultérieure, attestant ainsi des modifications successives que subit toute architecture vivante. Au-delà de ces revêtements et de ces ajustements, les détails se révèlent sur les piliers et les poteaux, où des sculptures délicates évoquent la Sainte Famille, divers saints et des pèlerins. Cet ornement n'est guère fortuit, la rue du Change étant, au Moyen Âge, un axe majeur pour les voyageurs et les pèlerins traversant la ville. Le propriétaire d'alors, dont la fortune est confirmée par l'investissement dans un tel essentage, aura sans doute vu là une opportunité d'afficher sa piété et, pourquoi pas, d'attirer une clientèle de passage pour les commerces installés au rez-de-chaussée. Car cette maison, avec ses deux niveaux de sous-sols, son rez-de-chaussée dédié aux boutiques et ses deux étages surmontés d'un comble, illustre parfaitement la mixité fonctionnelle des bâtiments urbains médiévaux, conjuguant le négoce et l'habitation. C'est une architecture qui, malgré sa discrétion apparente derrière son manteau d'ardoise, témoigne avec éloquence des préoccupations sociales, économiques et spirituelles de son temps, et de la manière dont la matérialité d'un bâtiment peut révéler des pans entiers d'une histoire locale. Sa reconnaissance tardive en tant que monument historique souligne l'évolution de notre regard sur le patrimoine modeste mais essentiel des centres anciens, longtemps éclipsé par les grandes œuvres institutionnelles.