29 rue Lhomond 24 rue du Pot-de-Fer 16-20 rue Tournefort, Paris 5e
L'ensemble architectural qui, derrière les vénérables façades du 5e arrondissement, se nomme aujourd'hui la « Résidence du Panthéon », n'est guère qu'un palimpseste urbain. Ce lieu témoigne, non sans une certaine ironie historique, de la métamorphose des institutions religieuses parisiennes, souvent contraintes de céder le pas à la prosaïque vocation résidentielle. Jadis couvent des Dames Bénédictines du Saint-Sacrement, son existence débute en 1687 sous l'égide plus pragmatique de la Communauté des Filles de Sainte-Théodore, destinée aux « filles pauvres et libertines » — une appellation qui en dit long sur les mœurs et les remèdes de l'époque. Progressivement, cette institution se structure, se déplace en 1700 rue Tournefort, et s'épanouit sous la protection de Saint-Aure, s'agrandissant jusqu'en 1765. L'intervention du Dauphin Louis en 1753, instaurant la règle de Saint-Augustin et une rente substantielle, marque l'apogée de sa reconnaissance et de son enracinement institutionnel, avant que la Révolution ne vienne balayer d'un revers de main ces fondations séculaires. Le couvent, un temps fabrique de papier, puis péniblement restauré dans sa vocation par les bénédictines, n'échappera pas, en 1975, au sort commun de nombre de biens patrimoniaux : la promotion immobilière. Ses chapelles, celle de 1707 et une plus récente, édifiée entre 1936 et 1939, ont été purement et simplement rasées pour faire place à des logements. De l'édifice originel, peu subsiste en son cœur. Les bâtiments intérieurs, aujourd'hui modernes, tentent d'ailleurs de ménager un simulacre de l'ancien par des arcades au rez-de-chaussée, censées « évoquer » celles d'un cloître disparu. Ce terme, « évoquer », choisi avec une précision presque désarmante, souligne l'artificialité d'une telle reconstitution, qui relève davantage du décor que de la continuité spirituelle ou architecturale. Heureusement, les façades sur rue, celles des numéros 16 et 18 rue Tournefort, avec leurs portails d'époque, et surtout le bâtiment du numéro 20, construit en 1760 par l'architecte Claude-Martin Goupy, ont échappé à la table rase. Goupy, dont l'œuvre parisienne oscille entre les hôtels particuliers et les commandes religieuses, témoigne ici d'une architecture conventuelle sobre mais digne, fidèle à un classicisme tempéré par l'esprit des Lumières. Son style, caractérisé par une recherche d'ordonnance et une certaine élégance dans la modénature, offre un contrepoint intéressant aux constructions utilitaires des promoteurs. On pourrait y déceler la marque d'un architecte soucieux des proportions, même dans un contexte de relative discrétion exigée par la fonction monastique. Un détail, d'ailleurs, pour apprécier l'empreinte de ce lieu : le couvent inspira à Victor Hugo, dans *Les Misérables*, le cadre saisissant du couvent du Petit-Picpus. Cette transposition littéraire, bien que chargée de l'imaginaire hugolien, ancre l'institution dans la mémoire collective comme un symbole de réclusion et de spiritualité austère. Ainsi, de l'enfermement volontaire ou contraint d'âmes à l'enfermement plus prosaïque de la résidence contemporaine, le chemin parcouru est moins un développement qu'une succession de destructions et de réinventions, où la fonctionnalité l'emporte invariablement sur la contemplation.