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Maison Thomassin

Maison Thomassin

2 place du Change 3 quai Romain-Rolland, 5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

La Maison Thomassin, sise sur la Place du Change à Lyon, s'impose avec une gravité certaine, reflet stratifié d'une histoire urbaine dense. Sa façade, aujourd'hui patinée, révèle une succession d'interventions, un mille-feuille architectural où chaque époque a laissé sa marque, parfois avec plus d'ostentation que de discrétion. Édifiée en 1298 par la famille de Fuers, la demeure originelle ne se manifeste plus guère que par des échos, tel ce plafond peint du premier étage, exhumé en 1968, qui dévoile les armoiries des fondateurs mêlées à celles de la monarchie capétienne. Un rare vestige, nous rappelant la fragilité des strates originelles face aux ambitions successives. C'est à la fin du quatorzième siècle que les Thomassin, marchands de drap au faîte de leur prospérité, s'approprient les lieux. Claude Thomassin, personnage influent, à la fois conservateur des foires et capitaine de la ville, orchestre en 1493 une refonte significative. C'est à lui que l'on doit l'aspect gothique flamboyant qui caractérise aujourd'hui l'essentiel de la façade. Cette période de renouveau commercial et urbain se traduit ici par une architecture expressive, visant à affirmer le statut de ses occupants. L'ornementation de cette façade est exemplaire, bien qu'émoussée par les siècles. Les fenêtres à meneaux, jadis couronnées d'une frise des signes du zodiaque dont l'intégrité est désormais compromise, succèdent au second étage à des baies jumelées. Ces dernières s'inscrivent dans des arcs trilobés, eux-mêmes enchâssés sous un large arc ogival. Ce dispositif accueillait les blasons du Dauphin, du roi Charles VIII et de la reine Anne de Bretagne, témoignage d'une allégeance et d'une connexion aux sphères du pouvoir. L'ajout d'un quatrième blason au dix-neuvième siècle, lors d'une extension sur l'ancienne ruette des Bestes, illustre la capacité du bâti à s'adapter et à intégrer les transformations urbaines, fussent-elles tardives. Au-delà de la façade, la vie de la maison s'organise autour d'une cour intérieure, espace de respiration et de distribution. La galerie sur cour, l'escalier à vis et sa tourelle, tous protégés au titre des Monuments Historiques, révèlent la complexité de l'articulation entre les pleins et les vides, entre l'intimité de la cour et la dignité de la rue. Le plafond peint du rez-de-chaussée surélevé parachève la richesse intérieure, complétant le tableau d'une demeure où chaque détail avait son importance. L'élévation de René Thomassin, petit-fils de Claude, au rang de premier prévôt des marchands de Lyon en 1595, par édit d'Henri IV, confère à cette bâtisse une dimension quasi institutionnelle, ancrant davantage son prestige dans le tissu politique et économique de la ville. Aujourd'hui, l'édifice qui fut le théâtre de tant de tractations commerciales et de décisions civiques, abrite un concept store. Une transition somme toute prévisible, le commerce ayant toujours été au cœur de cette place. La pierre ancienne sert désormais d'écrin à des objets contemporains, un dialogue constant entre un passé ostentatoire et un présent utilitaire, sans que l'un n'éclipse complètement l'autre. Le regard averti y décèle toujours la marque des ambitions d'une époque révolue, habilement recyclée.