121 rue du Faubourg-Poissonnière, Paris 9e
L'édifice du Lycée Lamartine, au 121, rue du Faubourg-Poissonnière, n'est point une création monolithique, mais un fascinant palimpseste architectural, dont la façade du XVIIIe siècle offre un témoignage éloquent de la réaffectation des fastes privés à l'utilité publique. Loin des constructions monumentales *ex nihilo* des lycées masculins de la IIIe République, cet établissement, initialement destiné aux jeunes filles, s'est inscrit dans une tradition de pragmatisme urbain, où l'élégance passée a dû composer avec les exigences pédagogiques modernes. L'origine du lieu remonte à 1697, avec une première demeure érigée pour Pierre Beauchamps, maître de ballet royal. C'est cependant en 1740 que l'hôtel particulier prend sa physionomie la plus significative, sous l'égide de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, petit-fils de l'illustre Jules Hardouin-Mansart. Le dernier des Mansart, souvent cantonné à des commandes plus intimistes que ses illustres aînés, signe ici pour le marquis Louis Phélypeaux de Saint-Florentin une composition qui, si elle n'atteint pas la grandeur des édifices royaux, n'en révèle pas moins un sens certain de l'ordonnancement classique. Les corps de bâtiments sur rue et en retour sur la cour, ainsi que les éléments d'escalier et de terrasses, subsistent de cette période, témoignant d'une architecture domestique parisienne raffinée, équilibrée entre représentation urbaine et aménagements privés. Le choix du marquis de céder cette propriété pour en faire construire une nouvelle, plus prestigieuse encore, l'hôtel de La Vrillière, souligne le caractère évolutif des résidences aristocratiques et la quête incessante d'un luxe toujours renouvelé. Plus tard, l'hôtel échoit à Charles-Nicolas Duclos du Fresnoy, notaire royal et collectionneur éclairé, qui y abrita une bibliothèque substantielle et une galerie de tableaux de l'École française. Cette période faste, imprégnée de culture et de mécénat, confère au lieu une patine intellectuelle avant même sa vocation éducative. En 1891, le ministère de l'Instruction publique, dans sa quête d'espaces pour l'éducation des jeunes filles, acquiert cette demeure. La conversion est significative : plutôt que d'ériger une nouvelle structure, on adapte l'existant. Si des travaux de grande ampleur furent nécessaires, la décision de conserver des éléments originels comme l'ancien salon sur jardin (désormais secrétariat) ou une chambre sur rue (ancien bureau du proviseur), dont les boiseries classées témoignent de l'opulence d'antan, est un compromis notable. Elle permet de préserver une certaine dignité historique, tout en implantant les salles de classe dans des bâtiments neufs, édifiés à l'emplacement de l'ancien jardin. Ce n'est pas tant une fusion qu'une juxtaposition, un dialogue discret entre l'ancien décorum et la nouvelle fonctionnalité. Le XXe siècle voit l'édifice s'ancrer dans son rôle pédagogique et social. Il est témoin de l'évolution du statut des femmes, accueillant les premières bachelières scientifiques – tel le cas notable de Jeanne Lévy, future agrégée de médecine, pionnière en 1934. Sa transformation temporaire en centre de réfugiés en 1940, puis le drame des déportations sous l'Occupation, inscrivent l'édifice dans la grande histoire nationale, loin des préoccupations stylistiques. L'annexion d'une ancienne filature de coton dans les années 1960, pour faire face au baby-boom, révèle une adaptabilité continue, ajoutant une strate d'histoire industrielle à l'hôtel particulier. Aujourd'hui, le Lycée Lamartine, désormais mixte et réputé pour ses classes artistiques, incarne cette stratification temporelle. Il est moins une prouesse architecturale contemporaine qu'un lieu de mémoire et de transmission, où l'élégance sobre de Mansart de Sagonne continue d'offrir un cadre singulier à l'instruction, témoignant des compromis architecturaux et des évolutions sociétales qui ont façonné le paysage urbain parisien.