35 quai des Grands-Augustins 2 rue Séguier, Paris 6e
Discrètement inséré dans le tissu ancien du 6e arrondissement de Paris, à l'intersection du quai des Grands-Augustins et de la rue Séguier, l'Hôtel Feydeau de Montholon offre un exemple pertinent, quoique sans éclat tapageur, de l'hôtel particulier parisien tel qu'il se conçoit aux confins des XVIIe et XVIIIe siècles. Loin des démonstrations fastueuses des demeures royales ou princières, cet édifice exprime une grandeur plus contenue, celle d'une bourgeoisie parlementaire soucieuse de son rang mais tempérant ses ambitions architecturales par une certaine réserve. Sa façade sur rue, pour ce que l'on peut en déduire de son statut de monument historique classé, devait présenter un ordonnancement classique, sans doute animé par des percements réguliers, des chaînes d'angle et une modénature sobre, typique de cette période de transition où la rigueur louis-quatorzienne commençait à s'assouplir sans pour autant virer aux caprices de la Régence. L'emploi de la pierre de taille, matériau noble par excellence, aurait conféré à l'ensemble une dignité certaine, contrastant avec l'intimité, souvent plus ornementée, des espaces intérieurs et de la cour. Le plan traditionnel de l'hôtel particulier, entre cour et jardin, est d'ailleurs suggéré par l'inscription des façades et toitures sur cour, témoignant de cette dialectique essentielle entre la représentation publique et la sphère privée. Il fut jadis la résidence de François-de-Paule Feydeau, conseiller au Parlement, et de son épouse Catherine-Gabrielle de Montholon. Un choix de demeure qui, pour un homme de loi, concilie prestige de l'adresse et une certaine discrétion dans le faste. Plus tard, au XVIIIe siècle, ces murs accueillirent un locataire d'une tout autre envergure, le mathématicien Pierre-Simon de Laplace. On peut imaginer, non sans une certaine ironie, le savant méditant sur la mécanique céleste et la théorie des probabilités dans ces salons où résonnaient jadis les discussions de la bonne société. Le contraste entre les préoccupations mondaines des Feydeau et les abstractions laplaciennes confère à l'édifice une profondeur inattendue, le transformant d'un simple lieu de résidence en un espace de pensée. Enfin, la présence en ces lieux de la librairie Didot, sous l'enseigne éloquente de « La Bible d'Or », parachève cette évolution. D'hôtel noble à résidence d'intellectuel, il devint un haut lieu de l'édition et de la diffusion du savoir. Cette mutation illustre parfaitement la plasticité de l'architecture parisienne, capable d'absorber et de transfigurer ses fonctions sans altérer fondamentalement son caractère. Aujourd'hui, sa classification au titre des monuments historiques depuis 1969, avec une distinction entre la façade sur rue Séguier et celles sur cour, souligne la reconnaissance tardive mais méritée de son importance architecturale et historique, au-delà de sa relative modestie.