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Maison du Chamarier

Maison du Chamarier

37 rue Saint-Jean, 5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur du Vieux-Lyon, à l'angle discret des rues Saint-Jean et de la Bombarde, se dresse la Maison du Chamarier, un édifice dont l'apparente modestie contemporaine dissimule une stratigraphie historique des plus riches. Son nom, tiré du latin camerarius, évoque la figure de l'intendant des finances épiscopales, détenteur des clefs du cloître canonial et collecteur des taxes des foires, un rôle éminemment stratégique dans la vie économique et ecclésiastique lyonnaise. Cet édifice, qui prend racine sur des soubassements dont l'ancienneté remonte au XIIIe siècle, voire à des fondations plus lointaines, illustre avec éloquence la superposition des époques. Ce qui fut jadis une demeure adossée à la muraille canoniale, érigée sous l'épiscopat de Guichard de Pontigny, connut des remaniements significatifs avant que François d'Estaing, chamarier au tournant du XVIe siècle, n'y imprime sa marque et ne la reconstruise, la transformant en l'hôtel particulier que nous connaissons dans ses grandes lignes. La demeure, rare exemple de maison civile de la Renaissance, déploie une architecture qui, sans ostentation excessive, révèle un goût certain pour les formes nouvelles. On y observe encore, témoignages de cette ambition, un escalier à vis, héritage structurel de la fin du Moyen Âge, un cabinet de travail attribué à François d'Estaing, ainsi qu'une loggia à l'italienne. Cette dernière, ornée d'un mur peint sous Charles d'Estaing, le successeur du précédent, offre une ouverture lumineuse sur la cour intérieure où trône un puits. Son dessin, d'une élégance et d'une proportion remarquables, a été attribué avec une certaine vraisemblance à Philibert Delorme, l'un des maîtres incontestés de l'architecture de la Renaissance française, dont le passage à Lyon est attesté par plusieurs édifices. La marquise de Sévigné elle-même, en ses années 1672 et 1673, y trouva refuge, reçue par le chamarier Charles de Châteauneuf de Rochebonne, témoignant de l'importance sociale du lieu à son apogée. La postérité ne fut pas toujours clémente. Convertie en logements au XIXe siècle, puis sujette à l'usure du temps, l'élégance passée de la demeure s'altéra, avant qu'un classement au titre des monuments historiques en 1943 ne vienne sanctuariser son importance. Le long chemin de sa restauration, ponctué d'une longue période d'inoccupation entre 1980 et 2015 et d'une quête de financements privés, révèle les défis pérennes de la sauvegarde du patrimoine, confrontée aux impératifs économiques et aux nouvelles destinations. Le projet finalisé en 2016, combinant logements, commerces et un Fab Lab dédié au patrimoine, est une tentative de concilier la mémoire des pierres avec les usages contemporains, une solution pragmatique pour maintenir en vie ces fragments précieux de l'histoire urbaine. Le modèle économique, avec un loyer annuel de douze mille euros versé à la ville, est une illustration des compromis nécessaires à l'entretien de ces témoins du passé.