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Église Saint-Hermeland

Église Saint-Hermeland

8,place de la République, Bagneux

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Hermeland de Bagneux, souvent désignée avec une certaine ironie par le sobriquet de « petite Notre-Dame », est un de ces édifices qui défient la notion d'unité stylistique, offrant plutôt un palimpseste architectural où chaque siècle a laissé son empreinte. Sa fondation remonte bien au-delà des premières pierres apparentes, puisque des fouilles récentes ont révélé des sépultures carolingiennes, attestant une présence cultuelle dès le VIIe ou VIIIe siècle, sur laquelle s'est édifiée une structure primitive dès 1011. Ce n'est là qu'un début. L'édifice actuel, tel que nous le percevons, est le résultat de campagnes successives, notamment la construction du chœur vers 1180, en pleine éclosion du gothique dit 'primitif', puis l'achèvement de la nef entre 1230 et 1240, sous le règne de Saint Louis. Cette progression se manifeste par des distinctions nettes : le triforium du chœur, plus sobre avec ses deux arcades, contraste avec celui de la nef et ses triplets, signe d'une évolution stylistique ou de contraintes d'exécution. Les capitaux, souvent contraints, et les interruptions de chantier ne sont jamais loin dans l'histoire de ces monuments. Le mur plein qui persiste entre la nef et le chœur, au niveau du triforium, en est un éloquent témoignage, vestiges d'une clôture temporaire ou d'un ancien portail, absorbé par les ambitions d'agrandissement. Le portail occidental, restauré avec une vigueur certaine au XIXe siècle, présente un tympan où le Jugement dernier s'expose dans une iconographie romane tardive, certes mutilée par les affres révolutionnaires, mais dont la polychromie originale a pu être restituée par projection vidéo, offrant un aperçu des couleurs vives qui animaient autrefois la pierre. Les chapiteaux des piédroits, d'une rusticité charmante, déroulent un programme narratif mêlant sirènes-oiseaux, saints (dont Hermeland lui-même avec son attribut singulier de la lamproie), et des représentations didactiques de l'Enfer et du Paradis, ces dernières étant même des copies du XIXe siècle, révélant les aléas de la conservation. Le clocher, dont la base romane remonte au XIe siècle, a vu sa flèche actuelle, recouverte d'ardoise, n'être posée qu'en 1851, après les destructions successives et les fontes de cloches, notamment celle de 1943 par l'occupant allemand, un rappel poignant des convulsions de l'histoire. À l'intérieur, l'œil est attiré par la tribune d'orgue de style Renaissance, véritable nid d'hirondelle orné de culs-de-lampe figurant un pèlerin et un homme barbu, détail d'une fantaisie rare. L'orgue lui-même, un Blondeau de 1840, constitue un exemplaire unique de ce facteur. Mais c'est peut-être la collection de dalles funéraires, tapissant les murs de la nef, qui offre la vision la plus saisissante. Cet 'musée lapidaire', comme le qualifiait René Rousseau, regroupe des témoignages du XIIIe au XVIIIe siècle, portraiturant prêtres, laboureurs et notables avec une précision iconographique remarquable. Ces sépultures, déblayées du sol pour des raisons sanitaires puis muséographiées, narrent les vies et les croyances d'une communauté. La dalle des époux Lefevre, par exemple, avec ses visages et mains incrustés de marbre blanc, ou celle de Philippe Bleuze, datée de 1557, témoignent de la richesse iconographique et du soin apporté à la mémoire des défunts. Les plaques commémoratives sont un autre trésor d'informations sur la vie paroissiale et sociale. Celle de Philippe Chaillou, marchand de vin parisien du XVIIe siècle, détaille avec une minutie touchante les messes et les chants liturgiques à perpétuité pour le repos de son âme, allant jusqu'à spécifier les robes et bonnets des enfants de chœur. Plus fascinant encore, la mention de 'conciliabules de parlementaires' qui se tenaient au XVIIIe siècle chez un conseiller de Bagneux, Philippe Brochant, éclaire le rôle insoupçonné que ces villages périphériques pouvaient jouer dans les intrigues politiques de la capitale. Quant à la peinture de la Vierge à l'Enfant attribuée à l'entourage de Mignard ou Le Brun, la tradition locale l'identifie comme un portrait de Madame de Maintenon, une anecdote savoureuse qui ajoute une couche de mystère à son histoire, d'autant que son confesseur résidait à Bagneux. L'édifice a connu, au gré des réformes et des nécessités, un chœur au chevet plat remplaçant une abside circulaire, et des transformations intérieures récentes. La restauration entreprise de 2014 à 2020 fut d'une ampleur considérable, corrigeant les erreurs passées et utilisant des pierres issues des carrières de Saint-Maximin, similaires à celles de Notre-Dame, dans un souci d'authenticité. Inaugurée en 2020, l'église Saint-Hermeland, bien plus qu'un simple lieu de culte, est une chronique pétrifiée des âges, un condensé d'histoire locale et nationale, dont chaque pierre, chaque sculpture, chaque dalle, murmure les récits d'une humanité passée, ses piétés et ses vanités.