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Maison au 24, quai Saint-Nicolas

Maison au 24, quai Saint-Nicolas

24, quai Saint-Nicolas, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Au vingt-quatre, quai Saint-Nicolas, à Strasbourg, se dresse un édifice dont la sobriété, si elle n'interpelle pas d'emblée l'œil du promeneur pressé, recèle néanmoins les strates d'une histoire urbaine des plus caractéristiques. Loin des grandiloquences ostentatoires, cette maison, aujourd'hui annexe du Musée Alsacien, incarne une certaine essence de l'habitation bourgeoise strasbourgeoise des siècles passés. Sa façade, sans doute en grès rose local ou parée d'un enduit soigné, comme il était d'usage pour masquer les structures à pans de bois, présente une régularité de percements qui trahit une recherche d'ordre et de clarté. Les fenêtres, probablement dotées de cadres de pierre épurés ou de modestes chambranles peints, rythment la surface verticale avec une mesure qui n'est pas sans évoquer les influences classiques filtrées par le prisme rhénan. L'ensemble, sans prétendre à l'exceptionnel, dénote une solidité et une pérennité recherchées par les notables commerçants ou les fonctionnaires de la ville. Son inscription au titre des monuments historiques dès mille neuf cent vingt-neuf, relativement précoce, témoigne d'une conscience patrimoniale naissante, reconnaissant la valeur d'un bâti vernaculaire mais distingué, à une époque où l'on s'intéressait encore davantage aux édifices emblématiques. Cette maison, érigée vraisemblablement au dix-huitième siècle, ou peut-être remaniée à cette période sur des fondations plus anciennes, fut sans doute le théâtre d'une vie privée intense, derrière ces murs qui aujourd'hui exposent la culture populaire. L'intégration de ces espaces dans le circuit muséal pose d'ailleurs la question délicate de l'adéquation entre la fonction originelle d'une demeure – son intimité, sa fonctionnalité domestique – et la destination publique, didactique, qui lui est désormais assignée. On observe parfois cette tension, cette légère dissonance entre le cadre architectural et le discours muséographique qu'il est censé accompagner. L'édifice, par sa seule présence, sur ce quai si actif, contribuait à la composition d'une rive fluviale où le commerce et l'habitat se côtoyaient dans une symbiose nécessaire à la prospérité de Strasbourg. Le rapport entre le plein des murs et le vide des ouvertures s'inscrit dans cette logique d'une demeure urbaine : protéger des éléments extérieurs tout en assurant une luminosité intérieure suffisante, surtout pour les salons d'apparat tournés vers le cours d'eau. Les toitures, si l'on en juge par les édifices voisins de cette époque, devaient arborer des pentes prononcées, abritant des combles vastes, parfois éclairés de lucarnes discrètes. L'évolution de ce genre de propriété, d'une résidence privée à un espace d'exposition collective, illustre à sa manière le destin de bien des fragments du patrimoine urbain : l'appropriation par la collectivité d'un bien initialement conçu pour la sphère individuelle, un transfert d'usage qui, s'il assure la conservation de la pierre, modifie inévitablement l'âme du lieu.