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Parc de l'Orangerie

Parc de l'Orangerie

Avenue de l'Europe, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'Orangerie de Strasbourg, cet ample espace vert qui jouxte le Palais de l'Europe, ne se présente pas comme une entité monolithique, mais plutôt comme un assemblage successif d'intentions paysagères et urbaines. Sa genèse est sujette à quelques divergences historiques, certains attribuant ses plans à l'illustre André Le Nôtre dès 1801, tandis que d'autres préfèrent y voir la main du capitaine ingénieur Antoine du Chaffat en 1735. Cette incertitude initiale souligne déjà la nature composite du lieu, un terrain de jeu pour des aménagements ultérieurs. C'est néanmoins la Révolution qui lui confère une orientation décisive, avec la confiscation de cent quarante orangers du château de Bouxwiller, nécessitant un abri digne de ce nom. De là naquit, en 1804, le Pavillon Joséphine, œuvre de Pierre-Valentin Boudhors. Cet édifice, baptisé en l'honneur de l'impératrice de Beauharnais, est un exemple révélateur de l'architecture néoclassique de l'Empire, avec ses lignes épurées et sa recherche d'une certaine majesté. Conçu initialement pour la conservation de ces agrumes exotiques, il témoigne de la volonté de l'époque d'associer l'utilitaire à une esthétique raffinée. Malheureusement, son histoire fut marquée par un incendie dévastateur en 1968, qui vit sa reconstruction à l'identique, une démarche qui, si elle assure la pérennité de la forme, interroge toujours la notion d'authenticité historique. Le parc connut une expansion significative sous la période allemande, particulièrement à l'occasion de l'exposition industrielle et artisanale de Strasbourg de 1895. Cette période vit la création d'un lac artificiel agrémenté d'une cascade, éléments paysagers caractéristiques du goût de la fin du XIXe siècle pour les mises en scène grandioses et les panoramas pittoresques. L'intégration de l'Orangerie à la Neustadt, alors en pleine édification, la positionnait comme un poumon vert essentiel au sein d'un quartier conçu selon des principes urbanistiques novateurs, combinant perspectives et espaces ouverts. Parmi les curiosités architecturales éparses, on trouve le Buerehiesel, une maison à colombages du XVIIe siècle, démontée à Molsheim et réassemblée ici même pour l'exposition de 1895. Cet exemple illustre la tendance du temps à créer des pastiches historiques, des sortes de musées à ciel ouvert, tout en servant aujourd'hui une fonction moins didactique, celle d'un restaurant étoilé. Un ancien pavillon d'octroi, discrètement posté en bordure, rappelle quant à lui les anciennes limites et les fonctions administratives de la ville. Aujourd'hui, si seuls trois orangers subsistent dans les serres, le parc de l'Orangerie est devenu un lieu composite. Le zoo historique a cédé la place à une Arche de l'Orangerie plus contemporaine, axée sur l'éducation à la nature et le soin animalier. Cette évolution révèle une adaptation aux sensibilités écologiques actuelles, tout en conservant une vocation récréative et didactique. Des allées restaurées, des fontaines, des statues et divers kiosques agrémentent les promenades, offrant aux Strasbourgeois un espace de détente dont la richesse historique est souvent moins perçue que la simple fonction d'agrément. L'ensemble, labellisé EcoJardin, continue de se transformer, confirmant son statut d'organisme vivant, en perpétuel ajustement entre mémoire et modernité.