3 rue de la Tour-des-Dames, Paris 9e
L'hôtel de Mademoiselle Duchesnois, sise rue de la Tour-des-Dames, ne s'inscrit pas dans la genèse d'un grand dessin architectural unitaire, mais plutôt dans la fragmentation méthodique du tissu urbain parisien du début du XIXe siècle. Il émerge, en 1820, des dépendances morcelées de l'hôtel de Valentinois, un processus d'optimisation foncière caractéristique de l'après-Révolution. L'initiative revient à Jean-Joseph-Pierre-Augustin Lapeyrière, un receveur général dont la fortune, sans être celle de l'ancienne aristocratie, permettait de sculpter la ville à la mesure de ses ambitions naissantes. L'édifice, de fait, incarne cette discrète dignité de la période de la Restauration. On y devine, sans qu'une description détaillée ne nous parvienne, un ordonnancement classique, sans emphase, privilégiant l'équilibre des masses et la régularité des percements. Le corps de logis principal, probablement en retrait de la rue, ouvrant sur une cour d'honneur et un jardin à l'arrière, offre cette dialectique habituelle entre l'ostentation mesurée de l'entrée et la quiétude du domaine privé. La pierre de taille, ou un enduit soigné imitant l'appareillage, aurait conféré à ses façades une sobriété élégante, rehaussée par des modénatures discrètes, loin des exubérances baroques ou des grandiloquences impériales. C'est l'architecture d'une bourgeoisie d'argent, désireuse de s'établir sans verser dans l'excès ostentatoire. C'est en 1822 que le lieu acquiert sa plus célèbre appellation, lorsqu'il est cédé à Catherine-Joséphine Duchesnois. Actrice tragique de renom à la Comédie-Française, rivale mémorable de Mademoiselle Mars, elle fut une figure flamboyante du théâtre romantique naissant. Cet hôtel particulier, alors modeste pour une étoile de son calibre, représentait sans doute un havre, un cadre plus intime pour la tragédienne qui, loin des bougies de la scène et des applaudissements, y trouvait un refuge. On l'imagine y recevoir discrètement ses admirateurs ou y méditer ses rôles, le contraste étant frappant entre la violence des passions qu'elle incarnait sur scène et la retenue architecturale de son domicile. C'était l'époque où les fortunes théâtrales, nouvelles par leur origine, s'ancraient dans la pierre parisienne, affirmant ainsi une respectabilité. La succession des propriétaires, digne d'un roman mondain, témoigne de l'attrait constant de cette discrète adresse. Après quelques années, il passa par des mains moins célèbres avant d'échoir, en 1844, à la Princesse de Wagram, née Clary, belle-sœur de Napoléon par le mariage de sa sœur Désirée avec le futur roi de Suède, et épouse du Maréchal Berthier. Cette acquisition ancre l'hôtel dans la haute société impériale et post-impériale, montrant la persistance d'un certain goût pour ces résidences urbaines bien situées. Plus tard, sa petite-fille, Anna Murat, liée elle aussi à l'épopée impériale par son ascendance directe de Joachim Murat, y résida, consolidant l'aura d'une certaine lignée. La vente au docteur Berlioz en 1896 marque un tournant, le passage de l'aristocratie déclinante à la bourgeoisie professionnelle montante, un phénomène observé dans de nombreux quartiers parisiens. L'inscription de ce bâtiment au titre des monuments historiques en 1927 ne vient que tardivement officialiser une valeur intrinsèque, non pas tant par son génie architectural éclatant – qui serait d'ailleurs difficile à discerner sans documentation plus précise – que par sa pérennité, son inscription dans l'histoire sociale et urbaine de Paris, et le souvenir fugace des personnalités qui, entre ses murs, ont vécu des existences parfois plus dramatiques que le décor lui-même. C'est un témoin discret, mais éloquent, d'un certain art de vivre parisien au XIXe siècle.