7, 8 place d'Estienne-d'Orves 1, 3, 5, 7 rue Blanche 2, 4, 6, 8 rue de Cheverus 1, 3 rue de la Trinité 1, 3, 5, 7 rue Morlot 2, 4, 6, 8 rue de Clichy, Paris 9e
L'église de la Sainte-Trinité, fruit des audaces urbanistiques du Second Empire, se dresse non sans une certaine emphase à l'extrémité de la perspective haussmannienne de la rue de la Chaussée-d'Antin. Sa monumentalité, accentuée par une surélévation stratégique sur les prémices de la butte Montmartre, répondait à une volonté impériale d'ordonnancement autant que de piété civique. Théodore Ballu, son architecte, signa là un édifice à l'éclectisme revendiqué, mêlant des réminiscences de la Renaissance italienne à des influences plus françaises, le tout enrobé d'une parure décorative que le baron Haussmann qualifiait, avec une économie de moyens toute relative, de « luxueuse » pour un coût pourtant maîtrisé. La consécration de 1913 vint bien tard pour un chantier achevé en 1867. L'extérieur déploie une façade richement ornée, saturée de niches, frontons et pilastres, où la symbolique du chiffre trois domine. Les trois fontaines à triple vasque du square attenant, œuvres de Duret et Lequesne, incarnent les vertus théologales, tandis que la façade et le beffroi, influencé par la Renaissance française, présentent un programme iconographique dense, glorifiant la Trinité, les Pères de l'Église et les Évangélistes. Un défilé de figures tutélaires, signées notamment par Mathurin Moreau et Eugène Guillaume, confère à l'ensemble un hiératisme académique d'une facture impeccable pour l'époque. L'intérieur, avec son chœur surélevé et ses dix colonnes en stuc vert symbolisant les Dix Commandements, maintient la grandiloquence. Les murs sont recouverts de peintures académiques, appréciées de Napoléon III, reproduisant à l'envi les Pères de l'Église et des scènes bibliques. On y découvre, non sans une pointe d'ironie rétrospective, le balcon impérial au fond de la nef, destiné à l'Empereur et sa suite, mais que le souverain ne daigna jamais honorer de sa présence. Un détail savoureux qui dénote l'écart entre la prétention et l'usage. Les chapelles latérales, elles aussi, sont un concentré de l'art académique de la seconde moitié du XIXe siècle, avec des contributions de Brisset, Lecomte du Nouÿ, Barrias et Laugée, parmi d'autres. L'orgue, chef-d'œuvre d'Aristide Cavaillé-Coll, gravement endommagé durant la Commune et aussitôt restauré, fut le terrain de jeu de figures musicales majeures. Alexandre Guilmant, son premier titulaire illustre, refusa de signer la réception des travaux de Merklin en 1901, marquant son désaccord par un départ fracassant. Mais c'est Olivier Messiaen qui, de 1931 à 1992, marqua l'instrument de son empreinte, en faisant un centre névralgique de la création musicale contemporaine, le façonnant à son esthétique sonore par de multiples aménagements. Plus récemment, en 2019, la découverte que ses horloges possédaient le même mécanisme que celles de Notre-Dame de Paris, fabriquées la même année par les ateliers Collin-Wagner, conféra à l'édifice une valeur patrimoniale inattendue et providentielle pour la mémoire. La Trinité, finalement, s'impose comme un témoignage éloquent de son temps, plus par son programme que par une audace formelle, mais non moins essentiel à la compréhension du Paris impérial.