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Église Saint-Ambroise

Église Saint-Ambroise

Boulevard Voltaire Rue Saint-Ambroise Rue Lacharrière, Paris 11e

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Ambroise se dresse dans le 11e arrondissement comme une imposante matérialisation des ambitions urbaines du Second Empire, témoignant de ce que l'on nomme, avec une certaine bienséance, l'éclectisme de l'époque. Édifiée entre 1863 et 1868 par Théodore Ballu, peu après le percement du boulevard Voltaire, elle remplace une chapelle antérieure, modeste et mal orientée, sacrifiée sur l'autel de la modernité haussmannienne. L'édifice actuel, loin de la pureté stylistique, propose une synthèse historiciste où se marient des éléments néoromans, néogothiques et même néobyzantins, une conjonction qui, si elle fut alors en vogue, ne manqua pas de soulever des sourcils avisés. On y discerne, par exemple, des réminiscences des églises romanes normandes, notamment de l'abbaye aux Hommes de Caen, dans ses deux flèches octogonales s'élevant à soixante-huit mètres, presque à la hauteur des tours de Notre-Dame, et dans les croisées d'ogives en plein cintre de sa nef. Le choix des matériaux – pierre dure de l'Yonne et de la Meuse pour l'ossature, moellons de Saint-Maximin pour le remplissage – révèle un pragmatisme certain, caractéristique des grands chantiers parisiens de l'époque. L'extérieur affirme une présence monumentale, avec son porche saillant et ses trois tympans parés de lave émaillée néobyzantine, œuvre de Giuseppe Devers, offrant une narration iconographique dans un style alors considéré comme résolument moderne. À l'intérieur, la nef de vingt mètres de hauteur s'ouvre sur un triforium à arcades en plein cintre, déployant un volume qui, malgré sa grandeur, maintient une certaine austérité. Le mobilier, dépeint comme de facture modeste, tempère le faste potentiel de l'ensemble. L'édifice, sitôt achevé, fut d'ailleurs le théâtre de convulsions autrement profanes. En 1871, durant la Commune de Paris, il cessa d'être un lieu de culte pour accueillir le 'Club des prolétaires' et devint, par un tour de force des circonstances, une poudrerie, une reconversion éloquente de son espace sacré, où les 'oratrices féministes' prenaient la parole. Moins de quarante ans plus tard, l'église retrouva une autre fonction de catalyseur des émotions populaires, lors des obsèques de la jeune Marthe Erbelding en 1907. La foule estimée à cinquante mille personnes, massée sur le parvis et dans les rues adjacentes, transforma l'événement en un véritable forum civique, alimentant le débat national sur la peine de mort. Plus récemment, en 1996, elle fut le creuset du 'mouvement des sans-papiers', confirmant sa vocation, par-delà les intentions de ses bâtisseurs, à être un espace d'expression des tensions sociales et politiques. Et l'on ne saurait ignorer l'ironie mordante de Pierre Desproges qui, confronté à l'édifice, exprimait une 'honte pour Dieu', une critique acerbe qui, au-delà de la boutade, interroge la pertinence d'une architecture qui, à force d'éclectisme, finit parfois par manquer d'âme.