
30 rue Jules-Guesde, Fresnes
Le Château de Berny, aujourd'hui réduit à un souvenir et à quelques fragments d'une aile septentrionale reconvertie en habitation, constitue pourtant une des pièces maîtresses du jeune François Mansart, dont le génie s'y révéla en pleine possession de ses moyens dès le second quart du XVIIe siècle. Ce site, qui commandait jadis le carrefour de la Croix de Berny, est un exemple éloquent de l'éphémère grandeur architecturale et des métamorphoses sociales. Avant l'intervention magistrale de Mansart, le fief de Berny, d'abord propriété de Jehan Sac en 1422, passa aux Brûlart au début du XVIe siècle. Nicolas Brûlart de Sillery, Chancelier de France, y apporta quelques transformations mineures, confiant même un temps la direction des travaux à Clément Métezeau, architecte déjà notoire pour des ouvrages plus utilitaires que d'agrément. L'édifice, gravé par Claude de Chastillon, témoignait alors d'une élégance certaine, mais sans l'audace qui allait le caractériser. C'est en 1623 que Pierre IV Brûlart de Sillery chargea François Mansart, alors méconnu, de refondre intégralement la demeure. Achevé vers 1635, le château devint une œuvre emblématique, non seulement par ses hautes toitures, mais surtout par ses colonnades circulaires sur la cour, évoquant l'ordonnancement de Blois, et ses murs de clôture ornés de frontons. Il manifestait cette maîtrise de la dialectique entre le plein et le vide, une façade animée par le jeu des volumes et des percements, qui préfigurait les grandes réalisations de l'architecte, faisant dire à Isaac de Benserade son admiration pour l'auteur de cette merveille. Le château fut ensuite le théâtre de scènes plus profanes. Pomponne II de Bellièvre, premier président du Parlement de Paris, y reçut clandestinement les conjurés de la Fronde, mêlant ainsi la grandeur architecturale à l'agitation politique. Son successeur, Hugues de Lionne, diplomate habile, y organisa des fêtes somptueuses, mais les anecdotes rapportent que le passage des ambassadeurs du Siam en 1685 y laissa des traces peu flatteuses, témoignant d'une certaine insouciance des mœurs. L'acquisition par l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, qui en fit une résidence d'été pour ses abbés commendataires, marqua une nouvelle ère de licence. Le Cardinal de Furstenberg, d'une vie des plus dissipées, y fit aménager un parc où se déploient des jeux d'eau, un théâtre de fleurs et des divertissements plus intimes, dont Jacques-Antoine Dulaure mentionne pudiquement que l'on dut en supprimer la plus grande partie des ornements par bienséance. Le Comte de Clermont, Louis de Bourbon-Condé, prince du sang et pourvu d'abbayes dès l'âge de neuf ans, continua dans cette veine. Il confia en 1737-1741 la restauration du domaine à Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, inscrivant cette commande dans la fidélité de sa lignée à la famille Mansart. Le comte fit ériger un théâtre, dissimulé sous l'apparence d'une chapelle, un compromis piquant entre l'exigence ecclésiastique et la passion pour des représentations parfois légères. Ses fêtes fastueuses, données pour Mlle Leduc, sa maîtresse, bien que comparées à celles du château de Sceaux, furent jugées moins raffinées, et la cohabitation fut émaillée d'épisodes singuliers, comme le coup de canif sur le front de sa protégée, preuve d'une jalousie exacerbée. Le récit des funérailles de son singe favori est un ultime détail qui souligne l'excentricité des lieux. Le déclin s'amorça avec la Révolution. Vendu comme bien ecclésiastique, le château fut progressivement démoli à partir de 1808. Le parc, loti bien plus tard, accueillit un temps les haras de Berny, où se tenaient les fameuses courses au clocher, immortalisées par William Thackeray dans son *Livre des Snobs*. De cette splendeur mansartienne, il ne reste donc qu'un pavillon du XVIIe siècle, inscrit au titre des monuments historiques. Ce maigre vestige suffit cependant à rappeler l'ambition d'une architecture qui, malgré sa disparition presque complète, continue de projeter l'image d'une époque où le faste, la culture et les plaisirs se conjuguaient avec une singulière démesure.