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Église du Saint-Esprit

Église du Saint-Esprit

186 avenue Daumesnil, Paris 12e

L'Envolée de l'Architecte

L'Église du Saint-Esprit à Paris se présente comme une curieuse synthèse, presque une provocation, où l'austérité du béton armé rencontre l'exotisme de l'influence byzantine, un mariage que l'on aurait pu croire contre nature. Érigée pour répondre à la démographie galopante d'un quartier populaire de l'entre-deux-guerres, sa genèse est intrinsèquement liée à la figure du cardinal Verdier, l'énergique « archevêque aux cent églises ». Son initiative des Chantiers du Cardinal, lancée en pleine crise des années trente, ne visait pas seulement l'édification de lieux de culte, mais aussi la création salutaire d'emplois, conférant à cet édifice une dimension sociale non négligeable. C'est Paul Tournon qui eut la charge de matérialiser cette vision sur une parcelle triangulaire, défiant la composition classique. L'édifice, achevé en 1935, s'affirme par sa volumétrie imposante, dominée par une coupole de vingt-deux mètres de diamètre, s'élevant à trente-trois mètres, dont l'emprunt à Sainte-Sophie d'Istanbul est d'une évidence quasi didactique. À l'extérieur, la brique de Bourgogne confère une dignité mesurée, une enveloppe discrète pour ce qui se révèle être une audace structurelle. Mais l'intérieur révèle la véritable nature de l'œuvre : le béton armé y est laissé brut, exposant sans fard sa matérialité. Ce dépouillement, délibéré, contraste avec la richesse polychrome des fresques qui le recouvrent. Tournon, avec une autorité de metteur en scène, imposa aux artistes des ateliers d'art sacré – une constellation de talents du renouveau religieux de l'époque – une unité stylistique, dictant notamment une taille uniforme pour les personnages et un fond rouge cardinal pour l'ensemble narratif. Ces fresques, dont la thématique unique est la diffusion de l'Esprit-Saint, de la Pentecôte au XXe siècle, constituent un panorama théologique d'une ambition rare, bien que leur appréciation soit parfois compromise par une pénombre persistante, un défaut d'éclairage que l'on s'efforce de corriger de nos jours. Les techniques employées furent diverses, témoignant des expérimentations de l'époque : de la fresque traditionnelle sur enduit frais, exigeant une exécution rapide et sans repentir, aux variations de Maurice Denis et George Desvallières, qui optèrent pour des procédés plus souples. De Jean Dupas à Pauline Peugniez, en passant par Nicolas Untersteller et son épouse Hélène Delaroche, une pléiade d'artistes contribua à ce gigantesque programme décoratif. Les vitraux de Louis Barillet, les mosaïques de Jean Gaudin, les sculptures de Carlo Sarrabezolles et les ferronneries de Raymond Subes complètent cette symphonie des arts, tandis que le mobilier liturgique de Jean Dunand achève de conférer à l'espace une cohérence esthétique. Il est à noter que l'orgue, conçu par Gloton-Debierre et inauguré en 1934, fut le fruit d'un compromis financier : l'ambition initiale de deux instruments fut réduite à un seul, modeste, mais qui eut l'honneur d'être tenu par Jeanne Demessieux durant près de trente ans. Quant au clocher, il ne fut achevé qu'en 1963, ajout tardif qui, intégrant des logements, souligne une approche plus fonctionnelle que purement monumentale. L'ensemble, après une reconnaissance initiale de son décor intérieur en 1979, est désormais entièrement classé monument historique depuis 2016, consécration d'une architecture qui, par son audace formelle et sa richesse ornementale, détonne dans le paysage parisien.