Cité universitaire 37 boulevard Jourdan, Paris 14e
La Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe, première pierre angulaire de ce qui deviendrait la Cité internationale universitaire de Paris, se dresse comme un artefact architectural d'une ambition sociale manifeste, mais d'une expression formelle résolument rétrospective. Conçue par Lucien Bechmann et inaugurée en 1925, cette première incarnation de la cité étudiante, issue d'une généreuse donation de 1922, offrait déjà l'image d'une institution pérenne, en dépit d'un contexte d'innovation architecturale frémissante. Bechmann opte ici pour un pittoresque composite, une évocation savamment orchestrée des campus anglo-saxons – Oxbridge en tête – mâtinée d'un certain romantisme flamand, comme le suggérait Paul Guth la décrivant comme un « délicieux béguinage ». Loin des audaces structurelles ou des manifestes esthétiques de l'avant-garde moderniste qui s'esquissait alors, l'architecte privilégie une syntaxe éprouvée, rassurante, où la brique dialogue avec la pierre de taille des modénatures, et où les toitures en zinc s'accordent aux pignons. L'ordonnancement, à la fois pragmatique et symbolique, regroupe six pavillons d'habitation autour d'un pavillon central couronné d'un beffroi et de son horloge. Cette scansion verticale ancre l'ensemble dans une tradition séculaire des institutions académiques, offrant un repère visuel et temporel. La dialectique du plein et du vide s'y manifeste par des masses bâties s'ouvrant sur des respirations végétales, des pelouses structurant l'espace et invitant à la contemplation autant qu'à l'échange. Cet agencement n'est pas sans évoquer le cloître, un espace de retrait propice à l'introspection studieuse, tout en favorisant la sociabilité maîtrisée. Le choix de ce style, à une époque où le béton armé et les lignes épurées commençaient à définir une nouvelle modernité, peut être interprété comme une volonté d'asseoir le prestige universitaire dans une tradition visuelle établie, un compromis délibéré entre une ambition futuriste (la Cité internationale) et une esthétique ancrée dans le passé. Au-delà de ses façades, la Fondation Deutsch de la Meurthe a été le berceau intellectuel de personnalités illustres. Habib Bourguiba, futur président tunisien, y trouva un gîte modeste mais salvateur, évoquant dans ses mémoires la gratuité du logement et la saine nourriture, symbole d'une philanthropie concrète. Léopold Sédar Senghor, autre figure majeure, y forgea sa pensée, attestant de l'intensité du travail fourni dans ces murs. Ces témoignages soulignent que l'architecture, même traditionnelle, peut devenir un catalyseur puissant d'émancipation intellectuelle. La récente inscription totale de la fondation aux Monuments Historiques en 2023, après une première protection partielle, confère à cet ensemble une reconnaissance tardive mais méritée, attestant de sa valeur patrimoniale et de son rôle inaugural dans la constitution de ce laboratoire urbain et social qu'est la Cité universitaire.