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Musée Tavet-Delacour

Musée Tavet-Delacour

Pontoise

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel d'Estouteville, à Pontoise, édifié à la fin du XVe siècle sous l'égide du cardinal Guillaume d'Estouteville, archevêque de Rouen, offre un curieux écrin pour les collections qu'il abrite. Cette demeure du Grand Vicaire, inscrite au titre des monuments historiques, présente l'austérité et la robustesse caractéristiques des architectures provinciales de cette époque, où la fonction l'emportait sur l'ornementation exubérante, bien que des détails, souvent discrets, trahissent l'ascension sociale de ses occupants. L'épaisseur de ses murs, la disposition de ses ouvertures, parfois réinterprétées, révèlent une structure conçue pour la durée et une certaine introspection urbaine, les richesses s'offrant davantage à l'intérieur de ses murs qu'à la vue de la rue. Aujourd'hui, ce même édifice, le musée Tavet-Delacour, se consacre, avec une certaine audace chronologique, aux expressions artistiques du XXe siècle, notamment grâce à la généreuse Donation Freundlich de 1968. On y trouve alors une singulière coexistence entre les toiles des précurseurs de l'abstraction, tels Otto Freundlich, et les réminiscences médiévales ou les manuscrits du siècle des Lumières que l'on y expose sporadiquement. Cette superposition des époques, loin d'être un hasard, interroge la permanence de l'art à travers les âges et la capacité d'un lieu à s'adapter sans se renier. Mais l'excentricité de l'institution ne s'arrête pas là. Madame Tavet, en son temps, fit l'acquisition de reliques issues des profanations révolutionnaires de Saint-Denis : des fragments osseux de Dagobert ou de Saint Louis, la chevelure de Philippe Auguste, ou encore la jambe momifiée de Catherine de Médicis, objets d'une fascination post-révolutionnaire pour les vestiges d'un ancien régime. Ces reliques, d'une valeur historique indéniable mais d'un attrait parfois dérangeant, constituent un témoignage inattendu de l'histoire du goût et de la conservation, se présentant comme de véritables ponts entre la grande histoire et la petite anecdote. On découvre également sept grandes toiles à la colle du XVIIIe siècle, des chinoiseries provenant de l'ancien château des comtes de Maupeou d'Ableiges, dont la légèreté décorative contraste avec la gravité de l'édifice et de certaines autres collections. L'extravagance de la démarche muséale atteint son apogée dans les jardins où trône une allée couverte néolithique de Dampont, déplacée de la commune d'Us. Ce monument funéraire, avec sa fermeture en trou d'homme et sa singulière sculpture de la déesse des morts, ancre le musée non seulement dans l'histoire des hommes mais aussi dans la géologie des territoires, présentant sur un même site un spectre temporel d'une envergure rare, de la préhistoire à l'abstraction moderne, sous le regard imperturbable d'une architecture fin de siècle. L'ensemble, bien que actuellement fermé au public, n'en demeure pas moins un sujet d'étude fascinant pour qui s'intéresse aux évolutions muséographiques et à la capacité des lieux historiques à se transformer.