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Château de Villette

Château de Villette

Condécourt

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du château de Villette, au cœur du XVIIe siècle, sur commande de Jean II Dyel, comte d'Auffay, s'inscrit dans cette lignée de résidences de campagne où l'ambition et le raffinement devaient concilier prestance et agrément. Bien que l'attribution formelle des plans à François Mansart, et l'exécution à son neveu Jules Hardouin-Mansart, demeure incertaine et relève davantage de la tradition que de la preuve irréfutable, la silhouette de Villette n'en porte pas moins les marques d'une certaine élégance classique, où la mesure et l'ordonnancement priment. Sur un vaste domaine de soixante-quinze hectares, l'édifice se déploie sur deux niveaux, s'élevant d'un soubassement robuste. Côté cour d'honneur, la façade présente un corps central délicatement saillant, couronné d'un fronton triangulaire orné d'un bas-relief discret, signe d'une composition maîtrisée. Le côté jardin, en revanche, offre une surprise par sa rotonde à trois pans, abritant au rez-de-chaussée un salon octogonal, créant un dialogue intéressant entre la rigueur de la cour et la fluidité ouverte sur la nature. Deux petits pavillons identiques flanquent ce corps central, chacun coiffé d'un toit d'ardoises indépendant, caractéristique des toits à la Mansart, bien que de faible hauteur et sans l'aménagement de combles habituels. La façade, d'un enduit ocre, est structurée avec clarté par un bandeau horizontal et des chaînages verticaux aux angles, affirmant la solidité de sa géométrie. La cour d'honneur est délimitée par deux bâtiments annexes, de proportions similaires mais asymétriques, reliés au château par des passages couverts en hémicycle, une disposition qui dessine un espace d'accueil à la fois imposant et enveloppant. Cette composition, complétée par une grille en fer forgé et deux pavillons d'entrée, offre un parcours visuel étudié. Au-delà de sa structure, l'histoire de Villette est tout aussi révélatrice. Après les Dyel, les familles de Mathan puis Cousin de Conteville s'y succèdent, apportant chacune ses modifications, telle l'ajout d'une chapelle. Le XVIIIe siècle verra Abraham Joseph Michelet de Vatimont actualiser la demeure, préparant sans le savoir sa période la plus lumineuse sous les Grouchy. C'est en effet entre ces murs que Sophie de Grouchy épousa le philosophe Nicolas de Condorcet, faisant du château un salon influent où se rencontraient des esprits pré-révolutionnaires comme Cabanis ou Fréteau. Ce fut un creuset d'idées, un lieu où l'architecture classique servait de cadre à l'effervescence intellectuelle, témoignage de ces propriétés d'Ancien Régime devenues des foyers de la pensée nouvelle. Plus tard, les vicissitudes du temps n'épargnèrent pas Villette. Un bombardement en août 1944 détruisit la chapelle et l'orangerie, promptement reconstruites, tandis que le parc fut restauré par Ferdinand Duprat. L'édifice a également connu une seconde vie cinématographique, apparaissant dans des productions variées, de Tintin et le Mystère de La Toison d'or au Da Vinci Code, conférant à son image une aura contemporaine. Les récentes restaurations sous l'impulsion de Sergeï et Irina Bogdanov, menées par Jacques Garcia, s'attachent à retrouver l'éclat initial, assurant à Villette une pérennité certaine, même si son accès est désormais réservé aux événements privés, un privilège discret pour une architecture qui, malgré les attributions et les époques, a su traverser les siècles avec une élégance constante.