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Théâtre des Folies Bergère

Théâtre des Folies Bergère

32 rue Richer, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui abrite aujourd'hui les Folies Bergère, inauguré en 1869, s'inscrit initialement dans la lignée de ces théâtres-cafés qui fleurissaient alors à Paris, une expression architecturale de l'ambition bourgeoise de divertissement. Loin de toute prétention originelle à la grandeur, le site fut d'abord un magasin de literie, une genèse des plus prosaïques pour un lieu destiné à devenir un temple du spectacle. L'architecte Plumeret conçoit alors un bâtiment d'inspiration éclectique, selon les canons d'une fin de Second Empire friande de pastiche et d'ornementation composite, un ensemble assez conventionnel pour l'époque, dévolu à la présentation d'opérettes et de tours de chant. Le nom lui-même, « Folies Bergère », est une curieuse hybridation : il évoque les « folies » du XVIIIe siècle, ces résidences de plaisance dédiées aux divertissements, et la rue Bergère voisine, avec l'omission d'un « s » pour une coïncidence numérologique de treize lettres, une superstition somme toute plutôt charmante pour un lieu voué aux arts. L'évolution fut rapide. Dès 1871, l'établissement, sous l'impulsion de Léon Sari, se dote d'un « jardin d’hiver », altérant ainsi la dialectique habituelle entre l'intérieur scénique et l'extérieur social. Cette innovation introduit une fluidité spatiale, une liberté de circulation pour le public qui pouvait déambuler tout en assistant aux représentations, rompant avec la hiérarchie rigide des salles traditionnelles. C'est en 1886 que le music-hall à grand spectacle est véritablement inventé ici par Édouard Marchand, accueillant des figures comme Loïe Fuller, dont les danses lumineuses et vaporeuses préfiguraient une modernité scénique audacieuse, bien au-delà des conventions. L'audace allait crescendo, jusqu'à l'apparition, en 1912, d'une femme dénudée sur scène, marquant un point de non-retour dans l'émancipation des corps et des mœurs sur les planches parisiennes. Mais la véritable transformation architecturale survient entre 1926 et 1928, sous la direction de Paul Derval, lorsque l'édifice se pare d'une nouvelle façade Art Déco, œuvre de Maurice Pico. Cette façade, emblématique d'un modernisme flamboyant, se distingue par son grand bas-relief figurant la danseuse russe Lila Nikolska, ornée d'un simple chapeau-cloche, accessoire féminin indispensable de l'entre-deux-guerres. Originellement recouverte de feuilles de cuivre, cette composition monumentale, à la puissance graphique saisissante, fut dorée lors d'une rénovation ultérieure en 2012, conférant à la façade un éclat presque profane. L'Art Déco, avec ses lignes géométriques et son iconographie stylisée, offrait une esthétique en parfaite adéquation avec la splendeur et la démesure des revues d'alors, dont Paul Derval, fin stratège, savait orchestrer les fastes – « Les plumes, c'est une responsabilité de poids qu'il ne faut pas prendre à la légère », disait-il, soulignant l'importance du détail dans l'illusion. Il fera d'ailleurs revenir Joséphine Baker pour la revue « En Super Folies » en 1936, solidifiant l'image du lieu comme foyer des stars internationales. L'histoire du lieu est également marquée par des figures singulières telles qu'Hélène Martini, qui, de mannequin aux Folies à « impératrice de la nuit » après des épreuves personnelles, incarne la résilience et la force de caractère. Le bâtiment, inscrit aux monuments historiques depuis 1990, continue d'accueillir des spectacles contemporains, témoignant de sa capacité à se réinventer, sans jamais renier son héritage de grandeur et d'audace.