Place Daviel, Marseille
L'histoire de Notre-Dame-des-Accoules, à Marseille, est celle d'une obstination à maintenir une présence spirituelle et architecturale sur un site maintes fois bouleversé. Le clocher solitaire qui domine aujourd'hui la place Daviel est le vestige le plus poignant de l'ancienne collégiale médiévale, dont la démolition en pleine Révolution française constitue un épisode significatif de l'effacement volontaire du patrimoine religieux. Cet édifice, dont l'étymologie même, « Accoules », renvoie aux arcs et voûtes de sa construction gothique, puisait ses racines dans une antiquité plus lointaine, la tradition la situant sur les vestiges d'un temple de Minerve. Au fil des siècles, l'église fut le pivot de la vie paroissiale et même judiciaire de la ville basse, attestant de reconstructions successives, notamment en 1205 et au XIVe siècle, qui lui conférèrent les caractéristiques du gothique méridional : une structure robuste divisée en cinq travées, supportée par des arcs-boutants, et une superposition de sanctuaires adaptée à la topographie singulière de la butte. Sa destruction en 1794, sur ordre des représentants en mission après l'insurrection fédéraliste, fut une mesure punitive exemplaire contre une « Ville-sans-Nom », le chantier de démolition s'étirant laborieusement jusqu'en 1808. Paradoxalement, seul le clocher, dont l'horloge régulait les activités portuaires et urbaines, fut épargné, témoignant d'une rare prévalence de l'utilité publique sur l'acharnement révolutionnaire. Après cette tabula rasa, la Restauration monarchique tenta de panser les plaies religieuses. En 1820, un calvaire en rocaille et une crypte symbolisant le Saint-Sépulcre furent érigés contre le mur du fond de l'ancienne église, devenant le centre d'une ferveur populaire orchestrée par des missions évangélisatrices. Cette entreprise de reconquête religieuse, bien que célébrée par des processions grandioses, comme en témoigne le poète Victor Gelu décrivant un « barnum » électrisant, ne manqua pas de susciter la dérision des milieux libéraux. La nouvelle église, érigée entre 1824 et 1826, rompt avec la tradition gothique pour embrasser un style néoclassique. Intégrée aux rochers de la montée du Saint-Esprit, elle adopte un plan centré avec une coupole, évoquant manifestement le Panthéon. Sa façade plane, structurée par des pilastres et un fronton, fut conçue pour masquer la forme circulaire du corps principal et établir un dialogue formel avec le Palais de justice voisin, un curieux exercice d'intégration urbaine par dissimulation. Consacrée sous le vocable de Notre-Dame-du-Bon-Secours, elle marque l'établissement des Missionnaires de Provence. L'édifice, endommagé en 1940, a connu d'importantes restaurations jusqu'en 2013, corrigeant notamment les problèmes d'humidité liés à une source souterraine et restituant la plénitude de sa coupole. Une anecdote non dénuée d'intérêt, bien que sombre, est celle de Louis Gaufridy, curé de l'ancienne collégiale, qui, en 1611, fut brûlé vif pour sorcellerie, l'affaire ayant eu un retentissement considérable dans le royaume, rappelant que ces lieux sacrés étaient aussi le théâtre des croyances les plus obscures et des drames humains les plus poignants.