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Musée Grévin

Musée Grévin

10 boulevard Montmartre, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

L'émergence d'une iconographie populaire, à la fin du XIXe siècle, avant que la photographie ne s'impose comme médium de masse, a souvent dicté des chemins inattendus à l'expression artistique et commerciale. C'est dans ce terreau que germa l'idée d'Arthur Meyer, directeur du journal *Le Gaulois*, de donner corps, et non plus seulement nom, aux figures de l'actualité. Cette singulière entreprise, confiée au sculpteur Alfred Grévin, donna naissance en 1882 à un musée de cire, héritier lointain des masques funéraires royaux et des cabinets anatomiques de curiosités, dont le célèbre Louis XIV en cire par Antoine Benoist fut une illustre préfiguration. Un art de la duplication, en somme, dont Marie Tussaud avait déjà établi la renommée outre-Manche, après avoir œuvré à la Révolution française à immortaliser les visages des défunts illustres, ou tristement célèbres. Le décorum architectural du musée, notamment au sein de la Salle de la Coupole et de la Salle des Colonnes, n'a pas manqué d'interroger. Ces espaces, parés d'une ornementation qualifiée de « baroque » et datant de l'inauguration en 1882, trahissent davantage une certaine propension à l'emphase décorative de l'époque qu'une adhésion profonde aux canons de ce style ancien. Il s'agit là d'une scénographie intérieure, d'un écrin somptueux mais potentiellement anachronique, conçu pour magnifier la présence de ces figures de cire, les extrayant de leur matérialité prosaïque pour les inscrire dans une sorte de panthéon théâtralisé. Le Théâtre Grévin lui-même, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, affirme cette vocation spectaculaire, avec un rideau de scène signé Jules Chéret et un haut-relief d'Antoine Bourdelle, « Les Nuées », conférant une touche d'art véritable à ce temple de l'illusion. L'institution connut un développement significatif grâce à l'ingéniosité de Gabriel Thomas, esprit financier éclairé également impliqué dans la Société d'exploitation de la Tour Eiffel et la construction du Théâtre des Champs-Élysées. Il dota le musée d'une assise financière solide et contribua à l'élaboration de ses décors. Il fut également le témoin, et l'acteur, des premières incursions du lieu dans le domaine de l'illusionnisme et du spectacle, notamment avec le « Cabinet Fantastique » qui vit les débuts de prestidigitateurs renommés, dont un certain Georges Méliès, qui allait bientôt révolutionner l'art cinématographique. Une anecdote qui souligne l'esprit d'innovation, voire d'expérimentation, qui animait alors le lieu, allant jusqu'à la première projection publique de dessins animés par Émile Reynaud en 1892. Au-delà de ces innovations, le musée Grévin est avant tout un conservatoire éphémère de la célébrité. La production d'une figure, fruit du travail méticuleux d'une quinzaine d'artistes pour un coût minimum de 50 000 €, relève d'une quête de mimétisme plastique poussée à l'extrême. Pourtant, l'actualité et la volubilité de la notoriété exigent un renouvellement constant, transformant le musée en un cimetière symbolique des gloires passées, dont les têtes, soigneusement conservées, attendent peut-être une improbable résurrection. Les caprices de l'opinion ont même conduit à des incidents plus pittoresques, comme le vol de la statue de Georges Marchais, jetée au zoo de Vincennes, ou celle d'Emmanuel Macron, enlevée par des militants en 2025 – la rançon, sans doute, d'une ressemblance trop troublante. L'expansion internationale du modèle, tentée à Montréal, Prague ou Séoul, souvent avec des succès mitigés et des fermetures précipitées, témoigne enfin d'une forme d'ambition commerciale qui, parfois, a peiné à égaler la singularité de l'original parisien. Le musée Grévin demeure ainsi un étrange miroir, tantôt flatteur, tantôt cruel, de notre fascination collective pour l'image et l'illusion, un témoignage persistant de l'artifice au cœur de la ville lumière.