16 place des Vosges, Paris 4e
L'Hôtel d'Asfeldt, sis au n°16 de la Place des Vosges, s'inscrit, comme l'ensemble de ses congénères, dans un ordonnancement urbain d'une rigueur presque dogmatique, conçu au tout début du XVIIe siècle sous l'impulsion d'Henri IV. L'intérêt architectural ici ne réside pas tant dans l'éclat singulier de chaque hôtel que dans la puissance collective de l'ensemble, la régularité des façades offrant une toile de fond homogène à l'agitation mondaine de ce qui fut alors la Place Royale. Le parti pris est explicite : une superposition de galeries voûtées au rez-de-chaussée, surmontées de deux niveaux en brique rouge rehaussés de chaînages et d'encadrements de pierre claire, l'ensemble étant couronné de toitures d'ardoise ajourées de lucarnes. Cette composition, d'une sobriété qui put parfois être perçue comme un rien austère, avait l'avantage considérable d'une reproductibilité efficace et d'une dignité convenant parfaitement à l'aristocratie émergente et à l'évolution du modèle de l'hôtel particulier parisien. La véritable expression de l'individualité de ces demeures se manifestait souvent à l'abri des regards indiscrets, dans l'intimité des cours intérieures. L'inscription aux monuments historiques, dès 1953, de la porte et des mascarons sur cour, ainsi que de l'escalier, n'est en rien fortuite. Elle met en lumière cette dialectique intrinsèque entre une façade d'apparat, contrainte par des règles collectives d'uniformité, et un espace privé où l'ornementation pouvait enfin s'épanouir avec une liberté relative. Les mascarons, ces figures sculptées, souvent énigmatiques ou grotesques, n'étaient pas de simples fioritures ; ils servaient à la fois d'éléments décoratifs et, selon des traditions plus anciennes, de gardiens apotropaïques. Quant à l'escalier, il constituait l'épine dorsale de l'hôtel, son articulation spatiale majeure entre les niveaux de réception et les appartements, souvent dessiné avec une largeur et un décorum qui témoignaient du rang de ses occupants. Cette approche architecturale de la Place des Vosges marqua une rupture décisive dans l'urbanisme parisien. Elle posa les fondations de ce qui deviendrait le modèle des places royales futures, préfigurant l'ordonnancement classique qui allait si profondément influencer la capitale. L'ingéniosité consistait à vendre des parcelles grevées de contraintes architecturales strictes, une prouesse d'aménagement urbain doublée d'une opération financière royale des plus habiles. On vendait alors, davantage qu'une architecture singulière, un statut, une adresse prestigieuse. L'Hôtel d'Asfeldt, bien qu'il ait vu défiler divers propriétaires au fil des siècles – un Charles de Schomberg, duc d'Halluin, en fut d'ailleurs le premier occupant – et qu'il porte aujourd'hui le nom d'une famille postérieure, demeure un témoin éloquent de cette première grande entreprise immobilière et esthétique du XVIIe siècle. Sa façade sur la place, classée dès 1955, et ses éléments intérieurs, inscrits, attestent de la valeur patrimoniale de cette approche singulière, où la dignité de l'ensemble prévaut sur l'exubérance individuelle, un principe qui continue d'ailleurs de sous-tendre une part de l'esthétique parisienne.