La Forêt de Carnelle, Saint-Martin-du-Tertre
Le Dolmen de la Pierre Turquaise, sis au cœur de la forêt de Carnelle, ne se contente pas d'être une allée couverte parmi d'autres ; il incarne l'archétype des sépultures associées à la culture Seine-Oise-Marne, une référence incontournable de l'architecture mégalithique régionale. Cette structure, d'une envergure notable, s'étend sur plus de douze mètres, offrant une chambre sépulcrale d'environ dix mètres de long, délimitée par une succession d'orthostates massifs et couronnée par quatre tables de couverture en grès de Fontainebleau. Le matériau lui-même, extrait des affleurements locaux, confère à l'édifice une identité intrinsèquement liée à son environnement géologique. L'antichambre, d'une ampleur inhabituelle pour la région, préfigure le passage vers le domaine des défunts, soulignant une progression spatiale que l'on retrouve dans ces architectures funéraires. L'entrée, un trilithe sobre mais imposant, se compose de deux piliers surmontés d'un linteau, ménageant une ouverture étroite qui invite au recueillement. Sur ces piliers, des bas-reliefs subsistent, figures schématiques interprétées comme un collier et des seins, évocation probable d'une déesse des morts, une figuration symbolique puissante défiant l'érosion du temps et les vicissitudes humaines. En effet, l'histoire de la Pierre Turquaise est une succession de profanations et de tentatives de réhabilitation. Il est rapporté qu'au XVIIIe siècle, ce monument funéraire fut vidé et aménagé, non sans une certaine désinvolture, en chenil pour les chiens de chasse du prince de Conti, reléguant son dessein originel à une simple curiosité. Plus tard, au XIXe siècle, il échappa de justesse à une transformation bien plus triviale : le débitage de ses pierres pour paver les rues de Paris, un destin de vulgaire matériau de construction évité grâce à l'intervention d'Alexandre Hahn. La structure connut par la suite plusieurs effondrements, puis des restaurations successives, dont celle de 1969 qui révéla les précieuses sculptures. Cependant, le monument ne fut pas épargné par des destructions plus volontaires. Dans les années 1980, une déflagration à l'explosif endommagea gravement l'ensemble, pulvérisant le linteau et disloquant les tables de couverture. Cet acte de vandalisme, jamais revendiqué, témoigne de la fragilité de ces témoignages anciens face à la violence contemporaine. Restauré une fois de plus, son intérieur a été remblayé pour des raisons de sécurité, transformant ainsi son volume initial en une chambre close, inaccessible mais protégée. Les quelques artefacts retrouvés à l'extérieur, haches polies, outils de silex et parures en cuivre et schiste, nous offrent un aperçu parcellaire des pratiques rituelles associées à ce lieu, soulignant la continuité de l'occupation humaine et l'importance durable de ce site, entre conservation patrimoniale et cicatrices du temps.