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Hôtel d'Aux

Hôtel d'Aux

2 place Maréchal-Foch Rue Tournefort, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Aux, édifié à la fin du XVIIIe siècle, se présente comme une pièce maîtresse d'un projet urbain ambitieux, mais partiellement réalisé, de Jean-Baptiste Ceineray pour le centre de Nantes. Sa conception néoclassique, caractérisée par une rigueur ordonnancée et une recherche de symétrie, visait à structurer la nouvelle place d'Armes, née du démantèlement des remparts médiévaux. Le bâtiment, commandité par René Louis d'Aux, un riche propriétaire de Saint-Domingue, est un témoignage de l'influence économique coloniale sur l'architecture métropolitaine de l'époque. Ceineray avait envisagé pour cet axe un ensemble cohérent, avec des rues percées et un bâtiment jumeau, miroir de l'Hôtel d'Aux, censé s'élever en face de la cathédrale, en lieu et place de l'antique porte Saint-Pierre. Malheureusement, ou fort heureusement pour la persistance de l'histoire, la porte a résisté au ciseau de l'architecte, et le projet d'une symétrie parfaite ne fut jamais achevé. Une ambition urbaine parfois contrariée par les réalités du terrain ou les changements de plume, Mathurin Crucy reprenant le flambeau sans pleinement concrétiser la vision initiale. L'édifice lui-même, bâti avec le granit local et le tuffeau de la Loire, rehaussé d'une couverture en ardoise, affiche une façade principale orientée au sud d'une sobre élégance. L'avant-corps central, légèrement saillant, englobe trois des sept travées et est couronné par un fronton triangulaire. Ce fronton, inhabituel par son décor figurant deux hommes sauvages encadrant un écusson vide, déroge légèrement aux normes classiques par ses proportions, un détail qui ne manque pas d'intérêt pour l'observateur attentif. Les chapiteaux corinthiens qui en marquent la base apportent une touche de raffinement que le style néoclassique affectionne. Au-delà de son esthétique, l'Hôtel d'Aux a connu une succession d'occupations notables. Il fut un temps la résidence des préfets, accueillant même Napoléon et Joséphine lors de leur visite en 1808, offrant ainsi un cadre de prestige aux dignitaires de l'Empire. Son histoire s'assombrit durant la Seconde Guerre mondiale lorsqu'il fut réquisitionné pour abriter la Feldkommandantur allemande, un chapitre sombre marqué par l'assassinat du colonel Karl Hotz à proximité. Plus récemment, les travaux d'infrastructure ont révélé un tunnel souterrain, vestige de cette période, permettant une évacuation discrète vers le fleuve, détail pragmatique illustrant l'ingéniosité en temps de conflit. Désormais transformé en résidence privée, l'Hôtel d'Aux, classé monument historique, continue de témoigner des strates de l'histoire nantaise, un monument respectable, dont le destin, comme souvent, fut plus complexe que sa conception initiale ne le laissait présager.